Le peintre de manuscrits

 

À l'exemple de maints grands artistes français avant et après lui, Fouquet ne se cantonna pas à la grande peinture mais fut employé à l'illustration de manuscrits.

    Un peintre très sollicité
 

Il n'est pas sûr pour autant que son activité d'enlumineur ait été aussi importante qu'on l'a cru longtemps : en dehors des Heures d'Étienne Chevalier et des Grandes Chroniques de France, certainement enluminées de bout en bout par le maître, on a l'impression que ses interventions dans la peinture de manuscrits furent sporadiques, répondant aux sollicitations de quelques amateurs fortunés soucieux d'enrichir leur manuscrit de leur effigie par un portraitiste en renom. C'est le cas pour un livre d'heures d'Angers où figure un chanoine assistant à la stigmatisation de saint François, seule scène peinte par le maître dans un cycle de miniatures dû en majorité au Maître de Jouvenel ; c'est le cas aussi des Heures de Simon de Varie (Los Angeles, musée J. Paul Getty et La Haye, Bibliothèque royale), typique produit de la librairie parisienne des années 1450 dans lequel ont été insérés trois feuillets enluminés recto verso, où Fouquet met en valeur la personne du commanditaire, un proche de l'argentier de Charles VII, Jacques Cour. Fouquet entreprit vers 1460 l'illustration d'un troisième livre d'heures (New York, Pierpont Morgan Library), dont il n'a exécuté que les premières miniatures, l'interruption du travail étant due, semble-t-il, à une cause accidentelle, la mort du commanditaire présumé, le trésorier des guerres Antoine Raguier. Le cycle fut complété peu après par l'enlumineur berrichon Jean Colombe pour un second commanditaire, le notaire et secrétaire du roi Jean Robertet.

    La miniature devient tableau
   

Fouquet rompt de plus en plus nettement, dans ces livres d'heures, avec les mises en page traditionnelles et inaugure un format d'illustration radicalement nouveau qui trouve sa formulation la plus aboutie dans les Heures d'Étienne Chevalier. L'artiste élimine les bordures florales et récupère au profit de l'image le maximum de la surface disponible de la page. La miniature devient tableau. Cette nouvelle conception marque un tournant dans l'histoire de l'enluminure française.

     
    La mise en scène de l'histoire
 

Illustrateur de livres de piété, Fouquet fut aussi, à l'occasion, un magistral et profond peintre d'histoire : en témoignent les cinquante et une miniatures qu'il a peintes dans un exemplaire des Grandes Chroniques de France peut-être destiné à Charles VII, cycle très médité dont la thématique pro-royale s'appuie sur une lecture attentive du texte. Dans sa dimension politique et symbolique, l'impressionnante scène du procès du duc d'Alençon placée en tête du Boccace de Munich constitue un commentaire historique particulièrement approprié aux tragiques revers de fortune des grands dans le De casibus virorum illustrium de Boccace.