Fouquet et ses fils

 
    Le Maître du Boccace de Munich
   

À partir des années 1460, Jean Fouquet est solidement épaulé, dans son activité d'enlumineur, par un remarquable collaborateur dont la personnalité distincte, bien qu'imprégnée par l'art du maître, s'affirme pour la première fois dans les petites illustrations du Boccace de Munich. Il s'agit vraisemblablement d'un des fils de Fouquet, Louis ou François, dont l'existence est attestée par un témoignage tardif. Héritier des savoir-faire du peintre tourangeau et en contact avec l'atelier parisien du Maître de Coëtivy, cet enlumineur exécutera, sous la tutelle artistique de Fouquet, quelques très importants manuscrits, dont les célèbres Antiquités judaïques, considérées souvent comme représentant la phase ultime de la carrière du maître.

 
   

Une série de livres d'heures aux caractéristiques stylistiques et iconographiques communes sort également de l'officine de cet artiste visiblement très actif. Proposée ici pour la première fois, la définition de cette nouvelle personnalité artistique oblige désormais à réviser l'étendue de l'activité de Fouquet comme enlumineur, et à envisager autrement les modalités de son rayonnement.

    Rayonnement de l'art de Fouquet (vers 1470-1480)
 

Un atelier d'enluminure semble bien avoir fonctionné assez tôt auprès de Fouquet, l'existence de cet atelier expliquant l'influence durable qu'exerça l'art du maître sur la peinture et l'enluminure tourangelles bien au-delà des années 1500. L'un des relais les plus actifs dans la diffusion des formules de Fouquet fut sans doute son propre disciple et principal assistant, le Maître du Boccace de Munich, auprès duquel semble avoir été formé un jeune artiste appelé à faire une longue carrière au service de la cour, Jean Bourdichon. Dès les années 1470, celui-ci participe à quelques-unes des plus prestigieuses commandes confiées au Maître du Boccace de Munich, achevant l'illustration du deuxième volume des Antiquités judaïques et prenant une part importante dans celle du Tite-Live de Versailles et du Tite -Live de Rochechouart. Il apparaît bientôt à son compte dans une série de livres d'heures peints au cours de la même décennie (Heures de Dol de la Bibliothèque nationale d'Autriche, Heures à l'usage de Rome, au Museum für Angewandte Kunst de Francfort, Heures dites de Catherine d'Armagnac au J. Paul Getty Museum). Un autre enlumineur tourangeau de la même génération, le Maître des missels della Rovere, s'est imprégné à la même époque des principes fouquettiens, qu'il approfondira et dépassera à l'occasion d'un long séjour romain. Bien qu'indéniables, les liens du peintre et enlumineur Jean Poyet avec Fouquet sont plus difficiles à établir, les plus anciennes œuvres attestées de cet artiste (Heures Briçonnet du musée Teyler, à Haarlem et triptyque de Loches) étant postérieures à la mort de Fouquet. D'autres satellites tourangeaux de moindre envergure, tel le Maître du Missel de Yale, exploitent plus ou moins habilement les idées et les compositions du peintre. En dehors de Tours, l'ascendant de Fouquet se fait sentir très vite dans la production des grands centres voisins, à Bourges, à Angers, à Poitiers et jusqu'en Bretagne (Heures Kerbotier de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich). La transmission des compositions fouquettiennes s'opère par des canaux variés. Des œuvres originales du maître ont parfois servi directement de modèle : c'est le cas des Heures Raguier-Robertet dont les peintures par Fouquet ont été littéralement reproduites dans un livre d'heures angevin et dans les Heures Bureau dues à l'enlumineur berruyer Jean Colombe. Protégé de l'épouse de Louis XI, Charlotte de Savoie, celui-ci dut résider à Tours au début de son activité et on le voit associé dans les Heures de Louis de Laval, peintes au cours des années 1470, à un artiste de formation fouquettienne. Plus souvent, les citations sont ponctuelles et se font à partir d'un recueil de modèles probablement établi dans l'atelier du peintre tourangeau.