En bref

 

"Ce Fouquet a le pouvoir, par son pinceau, de donner la vie aux visages et d'imiter presque Prométhée lui-même." (Francesco Florio, 1478)

 

Le nouvel art du visage inventé par Fouquet correspond à une véritable révolution : il libère le portrait de la représentation conventionnelle et standardisée de personnages proposés à la dévotion (les saints, le Christ, la Vierge) et cherche, à travers la peinture plus réaliste des traits, à saisir quelque chose de l'identité singulière de chaque être. Il s'inscrit ainsi dans les attentes de ses commanditaires, ces "hommes nouveaux" qui apparaissent au XVe siècle, dignitaires de la cour ou prélats de haut rang, mais aussi grands bourgeois enrichis dans le commerce, qui se montrent sensibles à une esthétique de la figure humaine qui sache rendre compte de la réalité. La présence d'un fond neutre accompagne cette libération du visage : dans le Portrait de Charles VII, elle donne aux contours du buste une monumentale majesté et confère à la tête du roi qui s'en dégage, avec lassitude et ennui, l'intensité d'une énigme. Le seul élément de décor est ici théâtral : ce sont ces rideaux blancs tirés qui manifestent une séparation entre l'image et le spectateur, ouvrant l'espace du tableau comme une scène où ce qui se jouerait serait de l'ordre du dévoilement, de la mise en scène de l'âme humaine, par l'artiste qui, au-delà du réalisme des apparences, cherche à révéler la vérité de l'être.

 

L'autoportrait réalisé par Fouquet (premier autoportrait isolé réalisé en Occident par un peintre) insiste à la manière d'une signature sur la force rêveuse du regard à la fois lointain, pénétrant et immensément désenchanté : le statut de l'artiste est celui d'un témoin lucide de son temps et de l'humaine comédie du monde comme il va. Le petit portrait du bouffon Gonella dont le masque de rire semble imperceptiblement se muer en douleur, ne laisse-t-elle pas béante la question des coulisses de ce spectacle et des dangers du trompe-l'oil ?