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Le nouvel art du visage inventé
par Fouquet correspond à une véritable révolution :
il libère le portrait de la représentation conventionnelle
et standardisée de personnages proposés à la dévotion
(les saints, le Christ, la Vierge) et cherche, à travers la peinture
plus réaliste des traits, à saisir quelque chose de l'identité
singulière de chaque être. Il s'inscrit ainsi dans les attentes
de ses commanditaires, ces "hommes nouveaux" qui apparaissent au XVe siècle,
dignitaires de la cour ou prélats de haut rang, mais aussi grands
bourgeois enrichis dans le commerce, qui se montrent sensibles à
une esthétique de la figure humaine qui sache rendre compte de
la réalité. La présence d'un fond neutre accompagne
cette libération du visage : dans le Portrait de Charles VII,
elle donne aux contours du buste une monumentale majesté et confère
à la tête du roi qui s'en dégage, avec lassitude et
ennui, l'intensité d'une énigme. Le seul élément
de décor est ici théâtral : ce sont ces rideaux
blancs tirés qui manifestent une séparation entre l'image
et le spectateur, ouvrant l'espace du tableau comme une scène où
ce qui se jouerait serait de l'ordre du dévoilement, de la mise
en scène de l'âme humaine, par l'artiste qui, au-delà
du réalisme des apparences, cherche à révéler
la vérité de l'être.
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L'autoportrait réalisé par Fouquet
(premier autoportrait isolé réalisé en Occident
par un peintre) insiste à la manière d'une signature sur
la force rêveuse du regard à la fois lointain, pénétrant
et immensément désenchanté : le statut de l'artiste
est celui d'un témoin lucide de son temps et de l'humaine comédie
du monde comme il va. Le petit portrait du bouffon Gonella dont le masque
de rire semble imperceptiblement se muer en douleur, ne laisse-t-elle
pas béante la question des coulisses de ce spectacle et des dangers
du trompe-l'oil ?
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