La couleur

 
   

Les enluminures à structure parfois très complexe sont unifiées par le jeu de la couleur. Elles sont construites à partir de quatre couleurs principales fournies par les vêtements ou les éléments décoratifs (lettrines, blasons) : azur profond, garance foncé un peu assourdi, vert plus ou moins soutenu – souvent relayé par l'herbe quand il ne figure pas dans les étoffes – et blanc si caractéristique de l'artiste. S'y ajoutent à l'occasion quelques touches de tons plus rares, comme le jaune pâle ou le roux brique clair de sainte Anne. Les couleurs sont si bien intégrées dans le milieu aérien qu'on oublie que la composition est fondée sur leur nombre limité et sur le rythme de leur retour ; l'importance du paysage qui enveloppe les scènes voile ici ce parti très ferme, qui apparaîtra plus évidemment ailleurs.

   

Il faut relever l'usage si particulier de l'or. Fouquet en exploite à fond les ressources lumineuses, sous forme de hachurage ou de pointillé vibrant, pour animer le paysage et "pour renforcer la palpabilité des formes" (Sterling, 1971), éclairant les vêtements foncés là où ils reçoivent le soleil, mais modelant les vêtements clairs du côté de l'ombre, parti si étrange et si personnel qu'il est comme une signature. C'est ce même hachurage doré si exceptionnel et si efficace pour la définition des formes par la lumière qu'il a transposé dans la technique de l'émail.