Un peintre du pouvoir

 

"Au moment de l'onction, [...] une colombe descendit soudain du ciel, non pas une colombe mais le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. En son bec clair et resplendissant, elle apportait la sainte onction en un petit vase qu'elle déposa entre les mains du saint archevêque."
(Grandes Chroniques de France)

 

Peintre attitré des rois de France, Fouquet participe, dans son œuvre de peintre comme de miniaturiste, à la mise en scène du pouvoir royal, dont il déploie en virtuose le faste et l'apparat. Ainsi, dans l'illustration du texte des Grandes Chroniques, célèbre-t-il la monarchie en représentant batailles, entrées royales, entrevues avec les souverains amis et couronnement de roi auquel, parfois, est associé celui de la reine (à deux reprises). Présente onze fois dans le cycle des Grandes Chroniques, la cérémonie du sacre permet à Fouquet de mettre en valeur ce rituel magique au cours duquel le roi reçoit l'onction. Par ce geste, ce dernier est investi d'un pouvoir quasi surnaturel, qui lui donne le privilège, après la cérémonie, de guérir les écrouelles, une maladie d'origine tuberculeuse. Fouquet reproduit l'idéal de la conception monarchique du couronnement, celle du roi de France recevant les insignes de son pouvoir des mains des douze pairs, facilement identifiables grâce à leurs armoriaux, mais sans doute au détriment de l'ordre rigoureux dans lequel se déroulait effectivement la cérémonie.

    Le sacre, un rite de passage...
   

Dans le Couronnement de Lothaire, le roi est à genoux les mains jointes : choisi par Dieu et désigné par une tradition de succession héréditaire, le nouveau monarque est béni, avant de recevoir sa couronne, par l'archevêque de Reims qui se tient devant lui. Tout autour sont disposés en arc de cercle les six pairs ecclésiastiques et les six pairs laïques, reconnaissables aux insignes royaux ou à leurs blasons.

   

De gauche à droite viennent ainsi l'évêque de Soissons (avec une croix processionnelle), l'évêque de Châlons, le comte de Champagne qui tient la couronne royale. L'évêque de Laon arrive ensuite avec la sainte ampoule puis l'évêque de Langres avec le sceptre et la main de justice, encadré par les ducs de Guyenne et de Normandie qui portent les étendards. Viennent ensuite l'évêque de Noyon avec la ceinture royale, le comte de Flandre avec l'épée, l'évêque de Beauvais avec la dalmatique et le comte de Toulouse portant les éperons. Un personnage caché tient la bannière royale ou oriflamme. Les pairs laïques portent une armure surmontée d'un tabard, un manteau court à leurs armes, et les pairs ecclésiastiques, mitre en tête, sont vêtus d'une chape dorée et d'une armure. Les ducs ont la tête ceinte d'une couronne et les comtes d'un large ruban d'or.

    ... maintes fois réitéré
 

Dans le Couronnement de Charles VI, le jeune roi (âgé de seulement douze ans), agenouillé au premier plan, est vu de beaucoup plus près. Il est vêtu du lourd manteau du sacre doublé d'hermine dont les plis s'étalent largement au sol de manière à concrétiser son poids. Charles VI joint les mains pendant que l'archevêque de Reims lui pose la couronne sur la tête. Les six pairs ecclésiastiques sont bien présents mais tous ne sont pas reconnaissables. À gauche, l'évêque de Beauvais présente la dalmatique, l'évêque de Laon serre la sainte ampoule et l'évêque de Langres tient le sceptre et la main de justice. Parmi les pairs laïques, trois seulement sont reconnaissables : les ducs de Guyenne et de Normandie avec des bannières royales et le comte de Flandre avec l'épée.