Un peintre de la guerre

 

"[Charlemagne] avait les cheveux bruns, le visage rubicond, gai et ouvert. Sa force était telle qu'il aplatissait sans effort trois fers à cheval ensemble. Dans la paume de sa main, il soulevait un chevalier armé. D'un seul coup de son épée, Joyeuse, il fendait un chevalier en armes."
(Grandes Chroniques de France
)

 

Combattre, telle est bien la fonction de l'ordre noble par excellence, celui des chevaliers. Fouquet place ainsi la guerre et sa représentation en bonne place dans ses miniatures des Grandes Chroniques de France : la première illustration de ce manuscrit concerne la victoire d'un roi mérovingien sur les Danois. Les scènes de guerre ou de bataille, toujours victorieuses pour le roi, concernent dix-sept des cinquante et une miniatures, et figurent presque toutes dans la première partie de l'ouvrage, comme si l'avènement des Valois inaugurait pour le royaume une ère de paix propice aux affaires et à la bonne santé du pays. La guerre de Cent Ans est à peine évoquée, et seulement à travers ses principaux acteurs (Édouard Ier ou Du Guesclin). Toutes ces batailles sont l'occasion pour l'enlumineur, ici devenu peintre, de déployer un art de la composition et du mouvement, ainsi qu'un sens théâtral du traitement des foules, art qu'il affectionne tout particulièrement.

    Un roi toujours victorieux
   

Dans les Grandes Chroniques de France, pas moins de cinq miniatures sont consacrées par Fouquet à l'illustration du règne de Charlemagne (747-814), qui entreprend une série d'opérations militaires de grande envergure pour agrandir et consolider son royaume. Dans Charlemagne à la bataille, les deux armées en rangs serrés chargent au pied d'une colline. À droite, celle de Charlemagne, montée sur des chevaux caparaçonnés, brandit des étendards de l'Empire et du royaume de France. L'ennemi fait face, sur des chevaux nus. L'affrontement, volontairement déporté sur la partie gauche de la composition, révèle de quel côté penche la victoire. Reconnaissable à sa couronne, à son écu armorié et à la housse d'azur fleurdelisée de son cheval, Charlemagne, en armure dorée, désarçonne un adversaire en lui transperçant la gorge de sa lance. Entre les collines, la vue s'échappe sur un horizon d'un bleu transparent, caractéristique de la perspective atmosphérique. Cette scène n'est pas sans rappeler les peintures d'un autre peintre de l'art de la guerre, Paolo Uccello, dans ses célèbres représentations de la bataille de San Romano.

    La lutte contre les infidèles
 

Dans la Bataille de la Vienne en 879, deux armées là encore se font face. Celle des Francs est reconnaissable aux deux étendards au centre de l'image : l'un fleurdelisé sur fond azur, l'autre avec aigle impériale sur fond or. À gauche, les ennemis normands arborent une tête de Maure, noire, tortillée d'or sur fond rose, qui évoque irrésistiblement les sarrasins, car à cette époque les Vikings étaient assimilés aux infidèles : l'idéal de la croisade est ici sous-jacent. Au milieu de la composition, Louis III, reconnaissable à sa couronne impériale, brandit son épée et lance sa monture contre l'archer normand qui le vise de son arc, alors que son cheval, cabré, tourne le dos au combat, prêt à fuir. Au second plan, un guerrier normand pointe son cimeterre (encore une allusion aux guerriers sarrasins) en direction de Carloman, vêtu d'un hoqueton azur semé de fleurs de lis d'or, qui monte un cheval caparaçonné aux armes de France.