L'infuence italienne

 
    Le voyage en Italie
   

On connaît mal la biographie et le détail de la carrière de Jean Fouquet, qui naquit, pense-t-on, vers 1420 et mourut avant 1480. Ses années de jeunesse et le milieu artistique où il reçut sa formation font l'objet de discussions. Peut-être fréquenta-t-il à ses débuts les ateliers parisiens. Du moins sait-on qu'il fit le voyage d'Italie. Ce séjour apparemment prolongé dans la péninsule le mit en contact avec les artistes les plus novateurs de la Florence des Médicis et marqua profondément son style pictural, où se fondent en une synthèse harmonieuse le réalisme flamand et la rationalité latine.

    Un collaborateur de Fra Angelico ?
 

L'analyse des sources italiennes du maître s'est affinée et précisée au fil du temps et les commentateurs ont tendance désormais à mettre l'accent sur les ressemblances, en effet frappantes, de Fouquet à son retour d'Italie, le Fouquet des Heures d'Étienne Chevalier et du diptyque de Melun, avec le peintre dont il semble avoir été le plus proche spirituellement, Fra Angelico.
En 1978, Fiorella Sricchia Santoro avait déjà souligné l'étonnante parenté du saint Étienne de Berlin et du saint François au pied de la Crucifixion, dans la salle capitulaire de San Marco. Elle pousse sa réflexion plus loin et envisage, à la lumière d'éléments nouveaux, l'idée d'une collaboration effective de Fouquet aux entreprises picturales de Fra Angelico à la fin des années 1440. La communauté de conception chez ces deux peintres ressort aussi très clairement de la comparaison établie par Luciano Bellosi entre le groupe du Christ et des deux larrons de la même salle capitulaire de San Marco et la moitié supérieure de la Crucifixion des Heures d'Étienne Chevalier : c'est le même dessin souple et net, précis sans aspérité, le même sentiment caressant des formes et de leur insertion naturelle dans l'espace, la même vision lumineuse.
Les rapports étroits de Fouquet avec le peintre dominicain n'épuisent pas pour autant le chapitre des relations de Fouquet avec la peinture italienne. On trouve bien d'autres traces dans son œuvre de souvenirs stimulants ramenés de son séjour dans la péninsule : qu'il ait vu et admiré certaines créations de Masolino, Masaccio, Domenico Veneziano, Andrea del Castagno, voire d'Uccello et de Filippo Lippi, cela ne fait guère de doute. La question des relations du peintre français avec Piero della Francesca reste en revanche problématique et les affinités que l'on a pu déceler entre ces deux artistes tiennent peut-être, plutôt qu'à une rencontre directe, à une parenté de tempérament renforcée par ce qu'ils avaient retiré l'un et l'autre de leur passage, à peu près contemporain, par les ateliers florentins.