L'art de la construction et des proportions

    
Villard de Honnecourt - Folio 36 - Tracés géométriques mnémotechniques

On ne sait rien de l’apprentissage effectué par Fouquet dans sa jeunesse. Sans doute a-t-il appris les règles des proportions géométriques telles qu’elles étaient étudiées aussi bien par les architectes que par les "imagiers", sculpteurs ou peintres. L’album de dessins de Villard de Honnecourt illustre cette habitude de construire scènes et figures à partir d’un schéma géométrique. L’une des planches de ce recueil est intéressante à cet égard parce qu’elle regroupe sur une même page architectures, animaux et figures humaines, accompagnés de la légende : "Ici commence la force des traits de portraiture comme l’art de géométrie les enseigne pour œuvrer facilement." La manière dont l’architecte rédige certaines rubriques montre qu’il s’adresse à de potentiels élèves, son carnet de croquis devenant un manuel d’enseignement pour ceux qui veulent apprendre le métier.

  Un héritage de l'Antiquité
Banquet chez Charles V le Sage

Les principes de géométrisation des formes pour équilibrer les volumes et d’harmonie structurelle des compositions sont un héritage de l’Antiquité que les artistes médiévaux ont pratiqué et ont appliqué dans la mise en page des manuscrits. De savantes études ont mis depuis longtemps en évidence ces recherches et permettent de suivre leur cheminement tout au long du Moyen Âge.
Il est vraisemblable que Fouquet dut dans son enfance se plier à ce genre d’exercices tout en apprenant la peinture. Cette approche pratique de la géométrie, l’expérience héritée de ses maîtres et son observation personnelle d’œuvres plus anciennes ont permis à son talent de donner toute sa mesure.

  L'art de géométrie
Construction du temple de Jérusalem

Cet art de géométrie, pour reprendre l’expression utilisée par Villard deux siècles plus tôt, joue un rôle essentiel dans la production de Fouquet, qu’il s’agisse de compositions entièrement de la main de Jean Fouquet ou exécutées sous son influence directe par des artistes de son entourage, en particulier ses fils, Louis et François, également peintres. L’art de Fouquet est un art pensé. Porteuses d’un arrière-plan symbolique ou politique, la plupart de ses œuvres sont le fruit d’une réflexion qui ne laisse pas de place au hasard dans la réalisation. Aussi, en se laissant guider par leurs lignes de force, peut-on essayer d’en découvrir le schéma directeur. Plusieurs composantes interviennent, utilisées seules ou conjuguées selon les cas. Présentées séparément pour la commodité de l’exposé, elles retrouveront leur place dans le commentaire des quelques figures, classées chronologiquement, qui nous ont paru être les plus éloquentes pour illustrer ce propos. Ces composantes sont le nombre d’or, les polygones réguliers et la perspective.