L’utilisation des polygones réguliers

    
 

L’insertion de scènes dans un cadre circulaire, très courante à partir du début du XIIIe siècle, a favorisé l’emploi des polygones réguliers. Parmi les polygones réguliers, le pentagone convexe ou étoilé, le fameux pentacle auquel les Grecs accordaient une valeur symbolique, connut vite une préférence pour la simple raison qu’il est en relation directe avec le nombre d’or. Fouquet s’en sert pour donner de l’équilibre aux figures et aux sujets tout en soulignant l’élément important ou symbolique qu’il veut mettre en valeur.

  Dans les portraits
Portrait de Charles VII, roi de France

Fouquet a inscrit le personnage jusqu’à la naissance des épaules dans un pentagone simple en ce qui concerne le portrait de Charles VII et dans un décagone, c’est-à-dire la combinaison de deux pentagones inversés, dans le cas de la Vierge du diptyque de Melun et de son autoportrait. En analysant les schémas, on s’aperçoit que, par le truchement du nombre d’or, l’artiste souligne la bouche du roi, c’est-à-dire de celui qui édicte les lois, rend la justice et commande les armées, tandis qu’il met l’accent, dans son autoportrait, sur les yeux : il est inutile de rappeler l’importance de la vue et du regard chez un peintre. C’est la royauté qui est mise en évidence dans la figure de la Vierge du diptyque de Melun : les deux diagonales parallèles au diamètre du cercle circonscrit au haut du buste marquent respectivement le sommet du dossier du trône et la base de la couronne : la Reine des anges, portraiturée sous les traits d’Agnès Sorel, est ici magnifiée pour sa royauté, manière allusive de rappeler avec élégance la position du modèle par rapport au souverain.

  Dans la mise en scène des tableaux historiques
le Mariage de la Vierge

Toujours à l’aide du pentagone et de Ф, c’est la bénédiction nuptiale qui est le point de mire dans Le Mariage de la Vierge des Heures d’Étienne Chevalier : le grand prêtre joignant les mains des futurs époux est situé dans le triangle fondamental, le geste lui-même étant posé sur le côté du pentagone étoilé parallèle au diamètre du cercle qui circonscrit les trois acteurs, la Vierge, Joseph et le grand prêtre. Le même type de composition est employé par Fouquet dans des scènes de couronnement, comme en témoigne le Couronnement d’Alexandre dans les fragments de l’Histoire ancienne du Louvre. Le rôle du triangle fondamental est identique dans les représentations équestres dont les Grandes Chroniques fournissent maints exemples. Ceci se vérifie sur l’empereur Charles IV de Bohême entrant dans la ville de Cambrai ou sur le personnage de Pompée en fuite, dans une autre peinture faisant partie des fragments de l’Histoire ancienne conservés au Louvre.

l'empereur Charles IV chevauchant sur la route de Paris Fouquet a eu parfois recours à l’emploi d’autres polygones, tel l’heptagone qui enserre l’empereur Charles IV chevauchant sur la route de Paris, dans les Grandes Chroniques de France. Le léger décalage du polygone par rapport à l’axe de la composition provoque un effet de bascule vers la gauche qui engendre une impression de mouvement. C’est l’utilisation de l’hexagone dont témoigne La Clémence de Cyrus, peinture qui n’est peut-être pas de la main du maître mais d’un émule, dans Les Antiquités judaïques. Cette structure confère de l’équilibre au sujet mais ne lui apporte pas le dynamisme que nous avons constaté par ailleurs.