Scène de dédicace en forme de cérémonie


Saint Augustin, La Cité de Dieu, traduction française de Raoul de Presles

Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 22912, fol. 3


Dans la Cité de Dieu, saint Augustin développe sa conception de l'histoire humaine, soumise à un plan divin, et ses théories politiques de la nécessaire harmonie entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. Pour des considérations politiques, Charles V s'intéresse à ce texte qu'il fait traduire en français par Raoul de Presles, fils d'un légiste du temps de Philippe le Bel, juriste lui-même, que Charles V nomma maître des requêtes de son hôtel en 1373.

La scène de dédicace qui illustre le prologue de la traduction est originale par rapport à des scènes analogues de son époque. La technique de la grisaille utilisée pour cette peinture contribue à l'idéalisation de la scène. Il ne s'agit pas en effet de représenter un événement précis mais bien plutôt d'un tableau idéalisé, s'inspirant des scènes votives de la peinture religieuse : si le portrait de Charles V reste réaliste avec des traits maigres et son nez allongé, les anges qui volettent derrière lui tendent un drap d'honneur comme pour un personnage de la Cité céleste. La présence de saint Augustin, qui introduit auprès du roi son traducteur ; renforce encore la ressemblance avec les tableaux de dévotion. Le fond fleurdelisé et, derrière le monarque, un huissier et un courtisan rappellent toutefois que les deux principaux protagonistes appartiennent bien au monde d'ici-bas.