Les princes commanditaires

Vincent de Beauvais, Miroir historial, traduit par Jean de Vignay
Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 308, fol. 1


Jean de Vignay, religieux hospitalier de l'ordre de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, a traduit du latin en français de nombreux textes à l'intention du roi Philippe VI de Valois, de sa première femme Jeanne de Bourgogne et de leur fils, Jean, duc de Normandie, le futur Jean le Bon. En 1332, il achève pour la reine une traduction du Speculum historiale de Vincent de Beauvais, encyclopédie historique que celui-ci avait composée au siècle précédent, à la demande du roi Saint Louis.
C'est le rôle des deux personnages royaux qui est mis en valeur dans cette double miniature qui illustre le prologue du premier volume de la traduction de Jean de Vignay, dans un exemplaire qui paraît avoir été celui de Jeanne de Bourgogne.
À gauche, Louis IX, en manteau royal couronné et nimbé, tient dans la main droite le sceptre royal. Il pénètre dans l'étude où travaille Vincent de Beauvais, assis dans une cathèdre à pupitre amovible. Le dominicain semble marquer un geste de surprise à la vue de son prestigieux visiteur, tout en acceptant de rédiger son encyclopédie historique. À droite, la reine Jeanne de Bourgogne, dont les armes, losangées de France et de Bourgogne, tapissent le fond de la miniature, demande à Jean de Vignay de traduire en français l'œuvre de Vincent de Beauvais. Les deux manuscrits juxtaposés sur le pupitre semblent indiquer que la traduction est déjà en cours. Dans les deux scènes, deux huissiers brandissant leur masse canalisent avec peine la foule attirée par le cortège royal.
Contrairement aux classiques scènes de dédicace, Saint Louis et Jeanne de Bourgogne ne se contentent pas de recevoir passivement un livre. Ils apparaissent comme les commanditaires actifs. Jeanne de Bourgogne était la petite-fi!le de Saint Louis et c'est peut-être pour souligner ce lien et renforcer ainsi la légitimité contestée de son mari dans la succession dynastique, que Jeanne de Bourgogne a tenu à se faire ainsi représenter en pendant à son aïeul.
Les personnages des deux miniatures ont été fortement retouchés au XVe siècle.