| Tête de Guillaume Jouvenel des Ursins (1401-1472), chancelier de France |
Dessin de Jean Fouquet, vers 1460-1465 |
| Berlin, Staatliche Museen, Kupferstichkabinett, KdZ 4367 |
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La technique même du dessin de Berlin est exceptionnelle pour l'époque : Fouquet en effet emploie uniquement ici des pierres de couleurs et du pastel, d'où cette impression d'une étude moins "graphique" que celle du légat, paradoxalement presque plus construite par la couleur que par un tracé linéaire. La pierre noire est utilisée
ici par traits assez brefs et discontinus, plus appuyés quand il s'agit
de définir les contours, par exemple, à gauche, celui du visage, énergiquement
enlevé sur le fond soutenu, ceux du nez, de l'oreille et du col, mais
en revanche plus légers autour de l'oreille et sur les cheveux. Un premier
trait assez large cerne d'abord tout l'arrondi du nez, dont la pointe
dépasse le contour de la joue en raccourci, et le creux de la narine,
repris plus bas par un second, qui assure la continuité avec la bouche,
et enfin par un troisième, qui correspond cette fois au tracé définitif
sur le tableau. Avec la sanguine, Fouquet obtient deux tons différents de rouge plus ou moins orangé, sur la bouche, la partie gonflée de la joue où elle se mêle à la pierre noire, plus bas au niveau de la bajoue et du double menton, à certains endroits du front, le long de l'arête nasale et sur la paupière. Une curieuse teinte jaune-brun recouvre le haut des cheveux. Pour donner ponctuellement l'illusion d'un coup d'éclairage assez fort, sur quelques mèches et l'arrondi du col, à l'intérieur de l'œil et sur la paupière, l'artiste dépose un peu de craie blanche. Mais il semble bien qu'il ait également employé du pastel rose (du rouge mêlé à du blanc ?) pour placer quelques accents lumineux, entre les rides du front, au niveau de la patte d'oie ou de l'aile du nez et de l'oreille, à des endroits où il entendait créer un effet de volume. En se faisant l'adepte
d'une technique peu employée – dont il est peut-être même
l'inventeur –, Fouquet avait une idée très déterminée de
l'effet à obtenir. Celle-ci permet en effet, avec une économie de moyens
remarquable, d'appréhender globalement, en quelques traits, larges et
assurés, l'essentiel d'un visage : en dépit de cette vision simplificatrice,
le dessin de Berlin s'avère néanmoins d'un réalisme et d'une précision
étonnants dans le rendu du nez fort et charnu, du lourd menton, de cette
joue large et molle dont sanguine et pastel traduisent le gonflement.
De cette tête carrée et puissante, cadrée au plus près dans la feuille
de papier d'un gris presque oppressant, émane une calme assurance, une
expression teintée à la fois de bonhomie et d'intelligence.
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