Saint François recevant les stimagtes et un chanoine en prière

Heures à l'usage d'Angers, enluminure de Jean Fouquet, Angers, vers 1455 (?)
Paris, BnF, département des Manuscrits, NAL 3211, fol. 241


La scène, d'un format carré, unique dans la série des miniatures du manuscrit, est savamment construite, suivant un canevas géométrique dont on pressent qu'il a conditionné la mise en place des divers éléments de la composition et la scansion de celle-ci. On reconnaît l'intervention de Fouquet à la suprême virtuosité du pinceau ainsi qu'à la puissante implantation des personnages dans l'espace.

La scène se déroule dans un paysage aéré, dont la ligne d'horizon, abaissée à peu près à mi-hauteur de la miniature, est contrariée à deux reprises par deux masses rocheuses rejetant au premier plan les deux principaux protagonistes de la scène. À gauche, le Poverello, perdu dans une contemplation extatique, mais néanmoins solidement planté sur le sol, est agenouillé sur un terrain herbu, dans une attitude rappelant celle du David pénitent des Heures d'Étienne Chevalier ; son froc sombre est comme inondé d'une pluie de points lumineux irradiés par le Christ séraphin, espèce d'elfe immatériel dont la fine silhouette émerge, dans un poudroiement doré, du ciel d'un bleu opaque, presque nocturne, où glissent, silencieuses, des rangées de nuages blancs de taille décroissante, légèrement rehaussés d'or. Lui fait face, à droite, un dévot en prière, un chanoine d'après le surplis blanc recouvrant une soutane d'un rouge tendant vers le fuchsia et l'aumusse de fourrure passée autour du bras droit.

L'extraordinaire talent de Fouquet portraitiste éclate dans l'effigie de ce personnage au visage émacié, aux tempes accusées, dont les traits sont individualisés en quelques touches suggestives. C'est avec la même sobriété que l'artiste brosse, en quelques adroits coups de pinceau, le paysage de ville figuré à gauche, évocation de la ville d'Angers, dont le traitement presque impressionniste rappelle les vues de Paris insérées dans les Grandes Chroniques de France et dans les Heures d'Étienne Chevalier.