Une Légende dorée de l’histoire de France

 

"Ils savent bien, tous, l’utilité de cette œuvre pour instruire les vaillants chevaliers de l’histoire de nos rois et faire apparaître aux yeux de tous le fondement et l’origine de la grandeur du monde. Car c’est un exemple de bonne vie, surtout pour les rois et les princes qui gouvernent : un "miroir de vie" selon un savant maître."
(Grandes Chroniques de France)

 

Élaborées dans le scriptorium de l’abbaye de Saint-Denis et rédigées en français sur commande du roi Louis IX (Saint Louis), les Grandes Chroniques de France ou "roman des roys" imposent l’idée de la continuité dynastique entre les Carolingiens et les Capétiens. Elles suivent en cela les préoccupations du souverain qui, au même moment, procède à la réorganisation des tombes royales dans l’abbatiale. Car les liens sont étroits entre les rois de France et l’abbaye de Saint-Denis, où sont enterrés la plupart des souverains capétiens et conservés, entre deux sacres, les insignes de la royauté, les regalia.
L’œuvre du moine Primat est poursuivie par d’autres avant de passer sous le contrôle direct du roi Charles V, conscient de l’importance de la parole et de la plume. Histoire à la fois nationale et royale, le texte des Grandes Chroniques correspond au goût des grands du royaume, mais sa diffusion reste malgré tout très limitée, à la fois géographiquement, au nord de la Loire, et socialement, à une élite politique.
Les cinquante et une miniatures placées par Fouquet en tête des principales divisions du texte reflètent bien les préoccupations des souverains, en mettant en valeur les grands moments de leur histoire qui se confond avec l’histoire nationale : sacres et couronnements occupent une place privilégiée, tout comme les entrées royales, mais aussi les relations avec les autres souverains, pape, empereur du Saint Empire ou rois – et plus particulièrement avec le roi d’Angleterre, qui prétend à la couronne de France durant la guerre de Cent Ans.

    Un suzerain
 

Dans une pièce étroite et profonde, presque entièrement recouverte de tentures fleurdelisées, le roi de France Philippe le Bel (1268-1314), revêtu d’un long manteau azur brodé de fleurs de lis or, porte tous les insignes du pouvoir royal (couronne, main de justice, sceptre) et sur les genoux un livre ouvert, sans doute la Bible. Édouard Ier (1239-1307), reconnaissable à son somptueux manteau écarlate semé de léopards d’or, bordé de martre aux manches et à l’encolure, met un genou à terre aux pieds du roi et pose les mains sur le livre ouvert pour prononcer son serment de fidélité. Il devient ainsi l’"homme" ou le vassal de son suzerain. L’enlumineur délivre ici un message clair : il représente la grandeur insurpassable du roi de France face au roi d’Angleterre.

  Et ses fidèles compagnons
 

Très tôt ajouté à la liste des neuf preux, héros de l'Antiquité grecque et romaine, de la Bible, du merveilleux chrétien, qui tous incarnent l'idéal chevaleresque du XIVe au XVIe siècle, le connétable Du Guesclin, "le bon Breton chevalereux […] et hardi comme un lion" selon le témoignage de Christine de Pisan, est l’objet d’un traitement de faveur de la part de Fouquet qui lui consacre deux miniatures. Il reçoit ici des mains de Charles V couronné l’épée de connétable, symbole de sa nouvelle charge. Dans les trois personnages placés au premier rang de l’assistance, on peut reconnaître les trois frères de Charles V. Au centre, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, avec un bonnet vert ; à droite, le duc de Berry avec une robe verte et un bonnet rouge, et à gauche, Louis d’Anjou.