De l’enluminure à la peinture

 

"L’histoire touchera les âmes des spectateurs lorsque les hommes qui y sont peints manifesteront très visiblement le mouvement de leur âme."
(L. B. Alberti, De pictura)


 

L’art de l’enluminure connaît au XVe siècle un bouleversement sans précédent : entre le style linéaire des manuscrits du XIIIe siècle avec leurs formes fortement dessinées, à peine modelées, au coloris restreint et monotone, et les scènes chatoyantes des manuscrits du XVe siècle s’ouvrant, avec les frères Limbourg, à la perspective et au rendu de la profondeur, l’écart est saisissant. À partir de 1475, les personnages des miniatures se sont individualisés, leurs visages ont acquis une saveur de portrait et leur présence est palpable. Les paysages aussi sont devenus plus vrais, sans rien perdre de leur grâce, ils intègrent des éléments réalistes nouveaux et se soumettent aux lois de la mesure et des proportions. Enfin, la géométrisation de la perspective ébranle les lois de la miniature traditionnellement liées à la surface plane de la page écrite. Peu à peu, peintures de livres et peintures de tableaux accentuent leurs ressemblances, et ce sont souvent les mêmes artistes qui pratiquent dessins, peintures murales ou peintures sur chevalet et enluminures. Dans ce passage de l’enluminure à la peinture, Fouquet joue un rôle décisif : sa manière d’apposer les couleurs par petites touches légères juxtaposées, et non plus par superposition de couches de peinture, fait de ses paysages parisiens de véritables petits tableaux impressionnistes, son art du récit transforme chaque miniature en une histoire sans fin.

    Comme un tableau...
   

Dans un espace où la profondeur est jalonnée par des lignes de buissons parallèles et par les arbres dont la taille décroît peu à peu, le cheval aérien de Pompée semble suspendu dans une fuite éternelle, comme s’il devenait, dans l'immobilité de ce décor, l’incarnation même de l’idée de fuite.

    ...un paysage impressionniste
 

Pour se venger d’un maître détesté, le prince Dagobert lui coupe barbe et moustaches. Par crainte de la colère de son père, il cherche refuge dans le sanctuaire de saint Denis. Sa protection empêche les soldats du roi partis à sa poursuite d’approcher du lieu sacré, une force invisible les arrête. Le roi Clotaire, à son tour, n’ayant pu pénétrer dans le sanctuaire, s’incline devant l’intervention surnaturelle et pardonne à son fils.