David apprenant la mort de Saül

    
    Le contexte
   

Les Antiquités judaïques de l’écrivain juif Flavius Josèphe (37-90) retracent, en vingt livres, l’histoire de la nation juive, depuis la Genèse jusqu’en l’an 66 de notre ère.

Au chapitre I du Livre VII des Antiquités Judaïques est relaté l’annonce à David de la mort de Saül. La miniature du folio 135v. représente David déchirant ses vêtement en apprenant la mort de Saül.

    La composition
   

Pour ce frontispice, Fouquet opère une mise en situation dans le temps et dans l'espace, se servant des méandres de la rivière pour couper le tableau en sa partie centrale.

 

Au premier plan, David apprenant de l'Amalécite la nouvelle de la mort de Saül, son rival mais aussi son beau-père, fait apparaître sa douleur poignante devant ses hommes consternés. Dans la première boucle du fleuve, la bataille s'achève au pied des pitons rocheux. Les Hébreux fuient sur la gauche emportant leurs bannières. Les Philistins demeurent vainqueurs sur le champ de bataille, certains se penchent sur les dépouilles de l'ennemi pour s'emparer du butin. Dans la seconde boucle du fleuve, s'étend un paysage de campagne. Derrière les boqueteaux s'élèvent les flammes d'un village incendié au cours du combat. Au delà du fleuve, l'horizon est fermé par une chaîne de montagnes qui s'estompe dans le lointain.

    La scène
   

Lors de la bataille de Gelboé, le roi Saül, épuisé et blessé, soucieux de ne pas tomber vivant aux mains des Philistins, a prié un Amalécite de l'aider à se tuer. C'est ce jeune homme qui se prosterne aux pieds de David, les vêtements en lambeaux, de la cendre sur les cheveux. Il a le genou droit à terre et offre au nouveau souverain la couronne et le brassard de Saül. Fouquet présente David déjà couronné alors qu'il na reçu que l'onction, autant pour évoquer sa prochaine royauté que pour le reconnaître.

   

C'est avec stupeur et abattement que l'assemblée apprend la triste nouvelle. David fait le geste traditionnel de deuil chez les Juifs : il déchire son vêtement à la hauteur de la poitrine.
Derrière lui, l'armée frémit, les yeux et les bouches se révulsent, le mouvement ébauché par l'homme armé placé derrière l'Amalécite annonce le sort qui sera réservé à ce dernier. Fatalité tragique du rôle de ce messager qui le mène à sa propre mort et fait de lui le lien entre les deux souverains.

    Le paysage
 

Derrière le groupe de David et l'Amalécite s'ouvre un paysage atmosphérique suffisamment vaste pour y loger toute une bataille, les méandres d'un fleuve qu'une galère descend, et les lointains montagneux. L'aspect paisible de ce paysage contraste avec la scène dramatique et monumentale du premier plan. Seule la masse des combattants se fondant avec celle des rochers à l'aspect menaçant ainsi que la ville en flammes rappellent le récit. Le vert tendre des champs, délimités par les bosquets, s'adoucit progressivement au niveau des collines aux flans desquelles s'accrochent des châteaux. Il laisse place au bleu lumineux des pentes montagneuses qui s'estompe pour s'unir à la couleur du ciel. Le reflet du bleu pur du ciel dans le fleuve accentue la profondeur de la perspective. La sensation de lumière est renforcée par l'effet de miroir du ciel dans le fleuve, ce qui augmente l'impression de profondeur.
Tout est sérénité, comme si le fleuve invitait le regard à contempler la nature où la vie poursuit son cours au delà des événements qui régissent l'histoire.