Le livre sort de la sphère religieuse

     
    Des monastères aux universités
 

Très longtemps, depuis le haut Moyen Âge jusqu'en plein XIlsiècle, la transmission de la culture, et donc la production des manuscrits avaient été un monopole du clergé, et les centres privilégiés en étaient les monastères et les écoles capitulaires auprès desquelles fonctionnaient des ateliers de copie, les scriptoria où travaillaient les religieux ou religieuses parfois secondés par des copistes et des artistes laïcs. Avec le développement de l'urbanisation, une population de plus en plus nombreuse d'étudiants et de maîtres se regroupa dans les grands centres d'enseignement qu'étaient devenues, dès la deuxième moitié du XIlsiècle, des villes comme Paris et Bologne.

   

Ce fut l'origine des universités, dont l'importance entraîna au siècle suivant la mise en place de nouvelles structures de production du livre, mieux adaptées à la demande croissante de manuscrits. Tout naturellement, ces nouvelles structures se développèrent sous le contrôle étroit des autorités universitaires.

    L'apparition du libraire
 

Un nouveau personnage apparaît, le libraire. Bien qu'on lui confère la qualité de clerc pour indiquer qu'il a reçu l'instruction suffisante pour lire et transcrire correctement le latin, c'est un laïc qui opère souvent en famille. Il est le pivot du nouveau système de production du livre, autour duquel gravitent parcheminiers, "écrivains" (les copistes), enlumineurs et relieurs. Ces métiers, désormais exercés par des professionnels laïcs, se regroupent dans certains quartiers comme c'est le cas à Paris dans l'île de la Cité, autour de Saint-Séverin et de la rue Saint-Jacques. Le libraire fournit à ses copistes, ou loue aux étudiants désireux de le transcrire, un modèle agréé du texte à recopier. Ce modèle, l'exemplar, est constitué de cahiers indépendants, les peciae ou pièces, qui peuvent être répartis entre plusieurs scribes, ce qui permet l'exécution, en un temps rapproché, de nombreuses copies.