En bref

Lorsque Jean Fouquet naît à Tours vers 1415-1420, le royaume de France connaît l’un des moments les plus difficiles de son histoire.

    Charles VI, le roi fou
 

Depuis 1392, le roi de France Charles VI (1380-1422) est atteint de graves crises de démence. La réalité du pouvoir lui échappe au profit de ses oncles, Jean, duc de Berry, et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, son frère Louis, duc d’Orléans, puis, à partir de 1404, son cousin, Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Ces princes du sang s’appuient sur des clientèles aristocratiques et constituent des sortes de partis politiques, avec devises et programmes, dont le recrutement se fait sous forme de contrats, d’alliances, de pensions et de dons qui leur assurent de larges fidélités. Par ailleurs, leur influence s’étend aux populations ordinaires qui sont l’objet d’une propagande intense.

    La guerre civile
   

Le pouvoir devient l’enjeu d’un conflit politique qui dégénère en une véritable guerre civile en 1407 entre les Bourguignons, partisans de Jean sans Peur, et les Armagnacs, réunis autour du Dauphin Charles après l’assassinat de Louis d’Orléans par les hommes de main du duc de Bourgogne. Les uns et les autres cherchent à contrôler les rouages de l’État en mettant la main sur les offices et sur les impôts.

    La guerre de Cent Ans
 

La guerre de Cent Ans, entre le royaume de France et celui d’Angleterre, commencée en 1337, a été entrecoupée de longues périodes de trêves. Or, depuis la déposition de Richard II en 1399, la menace d’une reprise de la guerre contre les Anglais vient accroître les tensions internes. Les troupes anglaises, menées par le jeune roi Henri V de Lancastre (1413-1422), débarquent en Normandie et déciment la chevalerie française à Azincourt, le 25 octobre 1415.
Après cette écrasante défaite, les Français se lancent à nouveau dans la guerre civile. En 1418, les Bourguignons chassent les Armagnacs de la capitale qui est le théâtre de violents massacres. Alors que les Anglais achèvent la conquête de la Normandie et marchent sur Paris, le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, est assassiné sur le pont de Montereau, le 10 septembre 1419, par un fidèle du Dauphin.

La France divisée
 

Le traité de Troyes, solennellement conclu par le roi d’Angleterre, Henri V, et par le roi de France, Charles VI, le 21 mai 1420, semble offrir un accalmie en réunissant les deux couronnes en la personne d’Henri V devenu l’héritier de Charles VI par son mariage avec sa fille, Catherine. Mais les partisans du Dauphin Charles, le futur Charles VII, qui tiennent la France du Centre, refusent de se soumettre et tentent de marcher sur Paris.
La mort d’Henri V de Lancastre en 1422, puis celle de Charles VI la même année, fait d’Henri VI de Lancastre, un enfant de dix mois, le souverain unique des royaumes d’Angleterre et de France, tandis que le Dauphin, réfugié à Bourges, se proclame roi sous le nom de Charles VII. La France a alors deux rois. Dans ce climat, la guerre reprend dès 1423. Mais les armées de Charles VI, battues à Cravant (1423) et à Verneuil (1424), sont refoulées au sud de la Loire par le duc de Bedford, régent du royaume de France. Les Anglais victorieux mettent le siège devant Orléans en 1428.

    Le sursaut

 

Alors que la situation semble difficile pour Charles VII, une jeune Lorraine, Jeanne d’Arc, se présente à lui en 1429, comme envoyée de Dieu et investie de la mission de "bouter les Anglais hors de France". Sa victoire à Orléans redonne confiance à l’armée du Dauphin démoralisée par des années de guerre. Elle conduit le roi à Reims pour le faire sacrer. En rétablissant la légitimité de Charles VII, ses victoires ébranlent profondément la puissance anglaise. Pourtant, l’action de Jeanne se termine par un échec aux portes de Paris. Capturée par les Bourguignons, ces derniers la livrent aux Anglais qui ordonnent que l’Église, à Rouen, fasse son procès. Elle est condamnée comme idolâtre et hérétique et, comme elle revient finalement sur ses aveux, elle est transférée aux juges laïques qui la condamnent au bûcher le 30 mai 1431.
Certes Charles VII est sacré, mais Paris lui échappe encore. Les relations avec la Bourgogne restent tendues et les Anglais dominent la Normandie. Dans le reste du pays, les routiers commandés par de redoutables capitaines comme Flavy, La Hire, Chabannes ou le Bâtard d’Orléans, verrouillent les campagnes et imposent aux populations civiles de lourds prélèvements en argent ou en nature.