Une lente reconstruction

La transformation qui affecte le royaume de France après 1440 est moins due à la reconstruction économique qu’à la transformation du pouvoir politique et au développement de la sujétion.

    Les effets de la guerre
   

La reconstruction matérielle est ralentie par les effets dévastateurs d’une guerre qui se poursuit et la destruction d'une grande partie des équipements de production. La paix d’Arras conclue entre le roi Charles VII et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, le 21 septembre 1435, n’aboutit pas à un réel retour à l’ordre. La guerre s’enlise et la France subit à nouveau les exactions des compagnies d’écorcheurs, qui nuisent à l’ordre commercial et déstabilisent les populations. Elles sont très redoutées et, en particulier celles des écorcheurs qui sévissent dans le Bassin parisien, en qui le bourgeois de Paris voit des "membres d’Antechrist", "larrons et murdriers, boutefeux, efforceux de toutes femmes".


 

Charles VII met à profit les trêves de Tours conclues entre la France et l’Angleterre en 1444 pour régler le problème de l’écorcherie et mettre sur pied une solide armée royale. Les écorcheurs rebelles sont parfois sévèrement punis comme coupables de lèse-majesté, au terme de procès rapides, en particulier quand il s'agit de justice militaire. lIs sont alors décapités ou pendus. Mais ces actes éclatants restent rares et le roi préfère souvent la grâce ou l'abolition générale des crimes pour mieux développer sa sujétion. En 1449, fort de l’appui du duc de Bretagne, François Ier, Charles VII entreprend une guerre de reconquête contre les Anglais qui le conduit victorieusement à Rouen, puis en Normandie et en Guyenne où il l’emporte finalement, après quelques difficultés, le 17 juillet 1453 à la bataille de Castillon. À cette date, seule la ville de Calais demeure aux mains des Anglais, qui la conservent jusqu’en 1558. La guerre est bien terminée mais aucun traité de paix n’est signé.

 

À sa suite, le règne de Louis XI (1461-1483) est loin d’être pacifique. Dès son avènement, le roi doit faire face à une première conspiration, associant de grands féodaux dont son propre frère, Charles, duc de Berry, qui prétendent s’unir "pour le bien publicque du royaume". Les insurgés appartiennent à diverses principautés : Bretagne, Bourbonnais, Armagnac, Anjou et États bourguignons. Les hostilités se concentrent dans le Nord et le Bassin parisien où la bataille de Montlhéry (16 juillet 1465) reste finalement indécise. En 1467, Louis XI doit affronter une nouvelle coalition regroupant son frère, ainsi que Charles le Téméraire, nouveau duc de Bourgogne, Édouard IV, roi d’Angleterre, et François II, duc de Bretagne. La Picardie et les abords de Paris restent longtemps une zone instable, entravée par des mouvements de troupes.

La reprise économique
 

Les études les plus récentes situent la reprise économique dans les vingt dernières années du XVe siècle, voire 1530 dans certaines régions. La reprise est alors très rapide et les campagnes se trouvent vite surpeuplées. Mais les structures et les modes d’exploitation restent inchangés : partout la seigneurie domine et les corporations continuent d’encadrer la production industrielle. Pourtant, en ce domaine, se profilent, dès 1450, les premiers signes d’une vitalité qui affecte d’abord l’Europe centrale et se propage vers l’ouest, touchant en premier lieu le sillon rhodanien. Charles VII puis Louis XI y fondent et développent les foires de Lyon, qui entrent en rivalité directe avec celles de Genève. Jacques Cœur, grand négociant et serviteur de l’État, a bien pressenti l’importance économique et stratégique de cette zone de marche et y développe ses affaires. Il faut cependant attendre la fin du XVe siècle pour que l’essor touche les côtes atlantiques et que le commerce s'épanouisse dans les ports bretons.

    La reconstruction
   

Malgré ces signes d’expansion, la tendance est plutôt à une reconstruction lente. Les mouvements de population s’intensifient, qu’il s’agisse de l’exode des ruraux vers les villes ou des ouvriers spécialisés, verriers, artilleurs, soyeux, etc. Mais les grands marchands restent rares et mal perçus. Enrichis, ils choisissent plutôt d’investir leurs capitaux au service de l’État qui leur semble une valeur sûre. Ils acquièrent de nombreuses seigneuries et ils se font anoblir. Les nobles qui fréquentent la cour royale ou celle des princes continuent donc, avec les prélats, à constituer les élites du royaume.
Le roi Louis XI s’impose après plusieurs succès militaires, même s’ils ne sont pas tous de son fait, comme lors de la bataille de Nancy qui signe la défaite de Charles le Téméraire, le 5 janvier 1477, face aux Suisses et aux troupes des villes d’Alsace. Il reste entouré d’une élite traditionnelle, telle la famille Jouvenel des Ursins, et en particulier Guillaume Jouvenel des Ursins, l'un des plus grands commanditaires de Jean Fouquet.