Mutation et construction de l'état

 
    Des structures politiques nouvelles
 

Vers le milieu du XVe siècle émergent de nouvelles structures politiques. Une lente genèse de l’État moderne naît de la vacance du pouvoir royal sous le règne de Charles VI. Les princes ont alors poussé leurs avantages pour mieux contrôler les rouages des institutions naissantes. Ils ont facilité la perception des finances, développé la justice, et ainsi favorisé une bureaucratisation galopante au service de leurs propres intérêts. Ainsi, en l’absence d’un corps royal, s’est développé un corps de substitution, les corps d’officiers qui, à la Chambre des comptes, au Parlement ou à la Chancellerie, ont défendu la continuité de l’État et paradoxalement ont permis le renforcement du pouvoir royal, en veillant à l’inaliénabilité du domaine, au respect de la justice, au contrôle de la fiscalité.

    Une réflexion sur le pouvoir
   

Cette évolution s’est accompagnée d’une réflexion théorique sur la nature du pouvoir royal, déjà menée sous le règne de Philippe le Bel (1285-1314). Sous Charles VII et Louis XI, cette réflexion s’amplifie, s’enrichit des apports du droit romain et aboutit à l’idée que l’obéissance au souverain doit l’emporter sur la fidélité entre seigneurs et vassaux. Le royaume a donc été doté d’institutions solides.

   

Dans un premier temps, au nom de la réforme du royaume, les nobles et les clercs ont contesté cette évolution, puis, peu à peu, ces deux ordres sont parvenus à se faire exempter d’impôts et à obtenir des privilèges en justice. Vers 1420, le privilège de ne pas payer l’impôt entre dans la définition même de la noblesse. Les assemblées des états, principaux lieux de contestation des élites, sont alors devenues inutiles, d’autant plus qu’elles risquaient de donner un trop grand pouvoir au peuple. La dernière assemblée se tient au nord du royaume en 1439. Dès lors, le principal impôt, la taille, est levé d’office selon un montant fixé par ordonnance royale.

    Le temps des réformes
 

Assuré de ses ressources, le roi peut mener à bien les réformes politiques, militaires, judiciaires et administratives. En 1438, Charles VII, fort de son pouvoir, décide de mettre un terme au conflit qui l’oppose à la papauté en promulguant la Pragmatique Sanction. Il supprime la fiscalité pontificale, qui le rend alors seul maître de l’impôt dans son royaume ; il étend son pouvoir dans la nomination aux bénéfices ecclésiastiques, s’assurant ainsi de l’appui d’un clergé gallican et fidèle ; enfin, il affirme officiellement son rôle dans le salut de son peuple, mêlant la sujétion politique à la pratique religieuse. Le roi est donc responsable devant Dieu de son clergé et de ses sujets. Fort de ces principes, Charles VII, avant Louis XI, entreprend une réforme profonde du royaume. Il agit dès 1440, quand il sort vainqueur de la coalition des princes, rassemblés dans la Praguerie. Ce vaste mouvement aristocratique est mené par les grands qui se sentent évincés du Conseil, tel Charles Ier de Bourbon, Jean V de Bretagne, Jean IV d’Armagnac, Dunois, bâtard d’Orléans, et le Dauphin Louis que soutient le duc de Bourgogne. Pour combattre ce nouveau complot, Charles VII s’appuie sur le parti angevin, fort puissant à la cour, que domine Yolande d’Aragon, sa belle-mère. Les ordonnances de réforme se succèdent.

La réorganisation de l'armée
   

La réforme de l’armée est certainement l’aspect le plus important du redressement de l’autorité royale qui marque cette période. L’armée cesse d’être alors contractuelle comme elle l’avait été depuis le règne de Charles V, pour devenir permanente. Soldats et capitaines, chefs de compagnies récalcitrantes, sont remerciés. Le roi recrute une armée de métier organisée en quinze compagnies d’ordonnances réparties dans l’ensemble du royaume, composées chacune de cent lances de six hommes. Les chefs militaires, en majorité des nobles, assurent l’encadrement d’une armée solide d’environ douze mille cavaliers. Des francs-archers sont recrutés dans les paroisses pour former des troupes spécialisées. Enfin, l’artillerie se développe. Au milieu du XVe siècle, la guerre est devenue un art, un métier dont le roi cherche à avoir le monopole.

    La réforme judiciaire
 

Charles VII mène aussi à bien un certain nombre de réformes administratives, en particulier dans le domaine judiciaire. Il réorganise le Parlement de Paris et amorce la création de nombreux parlements provinciaux, dont les principaux sont Toulouse, Bordeaux, Dijon.
Le lit de justice de Vendôme, ouvert le 26 août 1458, au cours duquel fut jugé Jean II, duc d'Alençon, donne une bonne image de la restauration du pouvoir royal – Jean Fouquet en a laissé une représentation spectaculaire en ouverture du Boccace de Munich. Le duc, si souvent rebelle et traître par la collusion qu'il entretenait avec les Anglais et avec le Dauphin, le futur Louis XI, est jugé par ses pairs. Il avoue son crime et est condamné à mort. Mais Charles VII, tout en confisquant ses biens, choisit de différer son exécution. Enfermé au château de Loches, Jean d'Alençon a la vie sauve grâce à la décision du souverain : le pouvoir du roi est éclatant.

    La cour
 

Désormais l’activité guerrière et l’activité administrative se distinguent plus nettement qu’auparavant des activités de la cour royale. Les courtisans y jouent une autre rôle, qui relève davantage de l’apparat : ils aident moins le roi à gouverner qu’ils ne magnifient sa majesté. Celle-ci s’enracine en Dieu et se développe par le droit romain qui donne au souverain le pouvoir de légiférer. La majesté royale se justifie alors par la référence à un passé mythique qu’alimentent les chroniques, en particulier les Grandes Chroniques dont la diffusion s’est largement développée et dont la version illustrée par Fouquet montre combien le texte et l’image font intimement partie du pouvoir royal.