Dagobert et les Mérovingiens

La période mérovingienne pose aux auteurs des Chroniques de vrais problèmes de repérages chronologiques. Ils se perdent dans les quatre dynasties concurrentes, et ont tendance, pour simplifier, à privilégier les rois de Paris au détriment de ceux des autres parties du royaume. Aussi cette période reculée est-elle le plus souvent traitée rapidement.

    Les Mérovingiens, reines maudites et rois fainéants
 

Lorsque les Carolingiens sont arrivés au pouvoir, ils ont fait représenter leurs prédécesseurs, qu'ils détrônaient, comme des princes cupides et violents, des rois fainéants, couchés dans leurs chars tirés par des bœufs, errant de palais en palais, sans rien faire. Le discrédit fut assez général et peu en réchappèrent.
Riche en guerres intestines et en meurtres, cette période connaît donc aussi de mauvais rois. Ceux-ci sont d'ailleurs situés suffisamment loin dans le temps pour qu'il soit possible d'en dire du mal sans irriter le pouvoir en place, voire de se servir d'eux pour faire passer des messages aux princes.

   

Les reines mérovingiennes ont également le mauvais rôle. Elles font les frais du débat, entre 1328 et 1450, sur la question du pouvoir féminin. En effet, si les femmes peuvent régner en France, Charles de Navarre ou Édouard III ont plus de droits au trône que le Valois. L'entourage de Charles V ressort donc la loi salique et en gauchit un article pour interdire l'accès des femmes au trône. Certaines reines sont soupçonnées d'adultère : Jeanne de Bourbon, dont la santé mentale est douteuse, et Isabeau de Bavière, une écervelée. Les femmes sont souvent présentées vaincues ou punies.

  Le bon roi Dagobert


 

Rare parmi les réchappés de l'époque mérovingienne, le bon roi Dagobert (629-639) fait l'objet d'une légende positive. Les chroniqueurs de son temps ne l'avaient pourtant pas épargné, mais les Gesta Dagoberti écrites vers 830 fixèrent les grands traits d'une légende désormais favorable.
Dagobert a régné seul sur les quatre royaumes et remporté de nombreuses victoires. Mais surtout, il a protégé l'abbaye de Saint-Denis qu'il a fait reconstruire et où il s'est fait enterrer. Les moines de Saint-Denis racontent comment le jeune Dagobert parti à la chasse vit le cerf qu'il poursuivait se réfugier dans la chapelle élevée sur le tombeau du martyr. Une force miraculeuse retint la meute hors du sanctuaire. Plus tard brouillé avec son père, Dagobert se réfugie lui-même dans la chapelle où le saint lui apparaît et lui promet son assistance. Sauvé, Dagobert reconstruit l'abbaye et lui fait d'innombrables dons, produits de l'habileté de son ministre et orfèvre saint Éloi. Son règne fut grand et respectueux des églises. À sa mort, l'ermite Jean vit apparaître son âme que se disputaient les démons et saint Denis qui finalement l'emporta. Cette image de prince grand pécheur mais généreux avec les églises, menacé par la maladie et hanté par l'autre monde allait être reprise dans de nombreux romans et chansons de geste. Dagobert fut l'un des héros préférés du bas Moyen Âge. Mais ce n'est que vers 1750, dans le Poitou, que se fixent, sur un ancien air de chasse ancien, les paroles de la chanson bien connue.
Quand Fouquet illustre le manuscrit des Grandes Chroniques de France, il accorde au Miracle de Dagobert endormi devant l’église de Saint Denis une place privilégiée. La protection recherchée par le jeune Dagobert auprès de saint Denis lui assure en effet l'impunité mais inscrit surtout la lignée royale dans une histoire sacrée, les rois descendant d'un élu de Dieu, protégé par son saint.