Une lignée très chrétienne


Les rois de France étaient tous bénis de Dieu. On trouvait de fort nombreux saints reconnus par l'Église dans la famille royale : Clotilde, Saint Louis, Louis d'Anjou, Charles de Blois. Lignée prestigieuse et sainteté étaient d'ailleurs associées dans tout l'Occident où les femmes et le peuple accédaient difficilement à la sainteté jusqu'à la fin du XIIIe siècle. La sainteté n'était parfois qu'une reconnaissance populaire, non validée par l'Église : sur le passage de Philippe Auguste, les blés ne poussaient-ils pas plus haut et les femmes stériles ne cessaient-elles pas de l'être ? À la limite, tous les rois, de par leur fonction, participaient au magique et au surnaturel. À chaque génération, Dieu assure par miracle la naissance de l'héritier nécessaire. Le sang royal transmet des vertus particulières et la capacité de faire des miracles.

  Un roi thaumaturge
 

Le saint roi Robert, d'après Helgaud, guérit les lépreux. Puis, Guibert de Nogent décrit Louis VI touchant les écrouelles et insinue que Philippe Ier a été privé de ce pouvoir, en raison de ses péchés. Au milieu du XIIe siècle, le pouvoir de guérir devient donc héréditaire dans la lignée royale et se focalise sur les écrouelles. La maladie s'appelait depuis l'Antiquité "mal royal", à cause de la couleur dorée des tumeurs au cou qu'elle faisait naître. C'était un mal psychosomatique, lié à une mauvaise hygiène et susceptible de brutales rémissions. La cérémonie de guérison n'est connue qu'à partir de saint Louis . Les malades arrivent de tout le royaume et même au delà. Ils sont d'abord examinés par un médecin qui refoule ceux qui sont atteints d'autres maladies. Puis le roi, à la sortie de la messe, en état de grâce donc, touche le front de chaque malade, y fait une croix en disant "le roi te touche, Dieu te guérit !" Il se lave ensuite les mains. Les malades boivent alors l'eau qui a lavé les mains royales et reçoivent une aumône destinée à assurer leur retour. Des registres des malades touchés, miraculés ou non, sont tenus. Certains ont été conservés et montrent le très fort succès populaire de cette fonction thaumaturgique du roi. L'Église mettra en évidence le lien qui existe entre ce pouvoir de guérison et les grâces particulières inhérentes à la cérémonie du sacre.

  Un roi sacré
 

Beaucoup de rois chrétiens étaient sacrés. Ils ne guérissaient pas pour autant. Les rois d'Angleterre avaient les mêmes prétentions, mais seuls les rois de France guérissaient, parce qu'eux seuls étaient oints d'une huile venue du ciel. La Sainte Ampoule était liée aux écrouelles. Les Anglais essayèrent bien dans le même but de promouvoir au début du XIVe siècle une huile céleste attribuée à saint Thomas Becket, mais sans succès. Les écrivains royaux admirent en général que le don du miracle était bien lié au sang dans la lignée royale, mais qu'il restait potentiel jusqu'au sacre qui le concrétisait. Le nouveau roi touchait donc pour la première fois les malades après son sacre à Reims. Il se déplaçait alors à Saint-Marcoul-de-Corbény, y priait devant les reliques avant d'intervenir. Le mérovingien Marcoul guérissait en effet les écrouelles depuis des temps immémoriaux et il paraissait souhaitable que le miracle du nouveau roi commençât sous son égide.

Un roi très chrétien

Le roi de France est "très chrétien". Cette notion, associée aux secours que les rois prêtèrent à maintes reprises à la papauté et aux croisades qu'ils organisèrent, voit le jour sous Philippe IV le Bel, et elle est, sous Louis XI, officiellement reconnue par la chancellerie pontificale aux seuls rois de France. Les rois d'Espagne se feront alors reconnaître, eux, comme "rois catholiques". Les rois de France ajoutent à la liste de leurs privilèges : l'onction par la Sainte Ampoule, le pouvoir de guérir les écrouelles, l'oriflamme, les lys venus du ciel... ce concept de "très chrétien" qui concerne non seulement le roi mais le peuple et la terre de France. Si la France n' est pas encore fille aînée de l'Église, elle n'en est pas loin.