La protection de saint Denis

Le Moyen Âge aime s'adresser aux saints. Les individus, comme les villes, les métiers et corporations ont leur saint patron.

    La confusion de Denis et Denys
 

La France ne fait pas exception. Elle recourt à saint Denis qui a évangélisé Paris au IIIe siècle. Mais très vite s'établit une confusion avec Denys l'Aréopagite, évêque d'Athènes au Ier siècle. Cette confusion volontaire permet, en se mettant sous la protection d'un apôtre converti par saint Paul, d'avancer de deux siècles la conversion du royaume, et de créer un lien beaucoup plus direct avec le Christ. Denys est par ailleurs l'auteur d'une œuvre philosophique en grec, la Hiérarchie. On raconte qu'il aurait porté sa tête du lieu de son martyre à Montmartre (mons martyrum) au lieu de son tombeau à Saint-Denis.

   

Mais tout le monde n'est pas convaincu. La vie et le personnage de Denis restent longtemps l'objet de controverses. En 1121, Abélard rapporte, à Saint-Denis même, qu'Eusèbe de Césarée affirmait que l'Aréopagite était évêque d'Athènes au Ier siècle et différait donc de l'autre Denis du IIIe siècle. Il fut prié, sous peine d'explusion, de faire ses excuses.

  Les reliques de l'abbaye
 

Pour renforcer sa crédibilité, l'abbaye de Saint-Denis finit par accumuler d'autres reliques que celles de Denis et de ses deux compagnons, comme celle de la Passion et de la Dédicace. Les reliques de la Passion, la couronne d'épines et le bois de la Croix auraient été rapportés par Charlemagne de Constantinople, et confiées à Saint-Denis par Charles le Chauve. Saint Louis acquit les mêmes reliques de l'Empereur byzantin, et en donna quelques parcelles à Saint-Denis comme s'il s'agissait de deux parties d'un même tout. Les reliques de la Dédicace dataient du moment où Dagobert avait fait reconstruire la basilique : un lépreux s'était endormi dans l'église la veille de la dédicace du nouvel édifice. Le Christ entra par le vitrail pour consacrer l'édifice et le guérit. L'abbaye possédait le masque du lépreux qui, devenu saint Pérégrin, y reposa pour l'éternité. Les corps de saint Hippolyte et de saint Eugène, au XIIe siècle, puis au XIIIe siècle ceux de Denis de Corinthe et d'Eustache, vinrent enrichir les reliques de l'abbaye à un moment où la concurrence entre les dépositaires de reliques devenait féroce.

L'alliance de la royauté avec l'abbaye de Saint-Denis

Depuis Dagobert, en passant par Charlemagne, Charles le Chauve et les Capétiens, l'abbaye est liée étroitement à la dynastie régnante. Denis est le patron du roi comme il est celui du royaume et de la couronne. Patron du roi, il le maintient en bonne santé. En cas de maladie, les dons royaux à l'abbaye se monnayent contre des processions et les prières des moines. Saint Denis assure aussi le salut du roi dans l'autre monde. Le saint dispute au diable l'âme de Dagobert, de Charles Martel, de Charlemagne, de Charles le Chauve ou de Philippe Auguste (bien que bigame et excommunié).
À partir de la fin du XIIIe siècle, il devint évident qu'un roi ne pouvait aller qu'au Paradis, et Denis se contenta d'assister le roi au moment de sa mort. Nécropole des rois jusqu'au Xe siècle, l'abbaye devient après 1370 celle des reines et des enfants royaux. Les relations entre l'abbaye et la dynastie royale bénéficient aux deux parties. Mais à partir du XIVe siècle, l'agrandissement continu du royaume rend plus difficile l'identification du royaume tout entier à Paris et le patronage de Denis moins évident.