Franc-maçonnerie
BnF

Les manuels de symbolisme

par Irène Mainguy

Si la franc-maçonnerie spéculative émerge en 1717, un nouveau genre littéraire éclôt bien plus tardivement : il s'agit du manuel de symbolique maçonnique, qui consiste en des analyses et des interprétations de chaque grade.

Une profusion de manuels


Oswald Wirth (1860-1943) est le premier auteur à faire publier un nouveau genre, celui du manuel d’explication des symboles maçonniques. C’est ainsi que, en 1894, il fait paraître Le Livre de l’apprenti. Obtenant un vif succès, cette première édition fut rapidement épuisée. Entre 1894 et 1931, on compta sept éditions de ce manuel. En 1911 paraît Le Livre du compagnon et enfin, en 1922, Le Livre du maître. Ces trois ouvrages apportent un témoignage significatif sur la franc-maçonnerie de la fin du XIXe siècle à la première moitié du XXe.
À la suite d’Oswald Wirth, Amélie Gedalge (1865-1931), qui fut, en 1899, la première femme candidate à l’initiation au Grand Orient de France, fut aussi une pionnière dans la rédaction de ces sortes de trilogies. Initiée en 1907 dans la loge Georges-Martin, elle devient rapidement un pilier de l’ordre maçonnique mixte international Le Droit humain, et ce jusqu’à sa mort. Son manuel d’apprenti est édité en 1919, celui de compagnon en 1927. Tous deux sont publiés par son obédience sous les titres Manuel interprétatif du symbolisme maçonnique, premier degré symbolique, grade d’apprenti et Manuel interprétatif du symbolisme maçonnique, deuxième degré, grade de compagnon. L’un et l’autre témoignent d’une érudition foisonnante. Amélie Gedalge confia son étude sur le grade de maître à une amie de confiance. Celle-ci mourut malheureusement peu après elle, avant d’avoir pu l’éditer. Personne ne sait ce que son manuscrit est devenu.

Édouard Plantagenet (1892-1943), de son vrai nom Édouard Engel, naît à Bruxelles, d’un père prussien. Il arrive en France en 1911. Avant la guerre de 1914-1918, il est artiste de music-hall. Naturalisé français en 1928, il devient un pacifiste très engagé. Membre du Conseil national de la paix, il dirige la revue La Paix. Il est également fondateur et directeur des Annales maçonniques universelles. Cette revue semi-mensuelle parut de 1930 à 1938. Plantagenet, franc-maçon hyperactif, membre de trois obédiences, est initié à la loge L’Effort du Grand Orient de France, en 1925. Il est membre de plusieurs autres loges de cette obédience et également de la Grande Loge de France ainsi que de l’ordre maçonnique mixte international Le Droit humain. Il fait de nombreux et fréquents exposés sur la politique de la France et la franc-maçonnerie moderne. Professeur au Collège libre des sciences sociales, il est arrêté en 1944 et meurt en déportation. Il est l’auteur de trois manuels d’instruction : Causeries initiatiques pour le travail en loge d’apprenti, en 1928 ; Causeries initiatiques pour le travail en chambre de compagnon, en 1929 ; Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu, en 1931.
Edmond Gloton (1895-1962), ingénieur des Arts et Métiers, est reçu en 1914 dans la loge L’Union de Belleville du Grand Orient de France. Son père, membre de la même loge, fonda un magasin de décors maçonniques au 7, rue Cadet, en face du siège du Grand Orient de France. Edmond Gloton succède à ses parents, Virgile et Mathilde. D’abord éditeur, il reprend le titre de la revue La Chaîne d’union, parue à la fin du XIXe siècle, sous la plume de son fondateur, le franc-maçon Hubert. Il publie une revue mensuelle de documentation et d’informations maçonniques de 1934 à 1939. Après l’interruption due à la guerre, il reprend cette publication d’août 1945 à sa mort, en 1963. Il est aussi l’auteur de trois manuels : Instruction maçonnique aux apprentis, en 1934 ; Instruction maçonnique aux compagnons, en 1948 ; Instruction maçonnique aux maîtres, en 1950.
En 1948, c’est au célèbre occultiste et martiniste Jules Boucher (1902-1955) que l’on doit le premier ouvrage de référence, développant en un seul volume les trois grades d’apprenti, compagnon et maître : La Symbolique maçonnique. En 1943, Boucher fut initié à la Grande Loge de France, dans la loge L’Arche d’Alliance.
En 1972, à sa suite, Jean-Pierre Bayard (1920-2008) propose lui aussi un gros manuel traitant des trois degrés en un seul volume, intitulé Le Symbolisme maçonnique traditionnel. I. Les Loges bleues. Cet ingénieur est admis le 24 mai 1954 dans la loge Art et Travail de la Grande Loge de France. À la fin de sa vie, il écrit une Grande Encyclopédie maçonnique des symboles.
Raoul Berteaux (1904-1986), initié en 1932 dans la loge Les Amis philanthropes du Grand Orient de Belgique, est élu, en 1965, grand commandeur du Suprême Conseil de Belgique. Il publie trois manuels distincts : La Symbolique au grade de maître, en 1982 ; La Symbolique au grade d’apprenti, en 1985 ; La Symbolique au grade de compagnon, en 1986.
Daniel Beresniak (1933-2005) est initié en 1954 au Grand Orient de France, dans la loge La Fraternité des Peuples-Ernest Renan. Par la suite, il poursuit son activité à Isis-Montyon. Il est aussi fondateur de l’OITAR (ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal). Il consacra sa vie à traquer les idées reçues et les préjugés. Il fut également membre du comité de rédaction de la revue Le Maillon. Il commença par rédiger le manuel de maître et termina par celui d’apprenti : La Légende d’Hiram, et les initiations traditionnelles, en 1976 ; L’Apprentissage maçonnique, une école de l’éveil ?, en 1979 ; Le Gai Sçavoir des bâtisseurs, en 1983. Plus tard, il publia un manuel traitant des trois degrés en un seul volume : Rites et symboles de la franc-maçonnerie. « Les Loges bleues », en 1994.
Cette catégorie d’ouvrages symboliques continue d’être appréciée, au point que les manuels de deux de ces grands auteurs classiques, les plus recommandés, Boucher et Wirth, furent refondus ces dernières années afin d’en évacuer tout le fatras occultiste de leur époque, jadis si prisé.
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