Le temple de Salomon dans une bible de la Renaissance
Deux gravures de Bernard Salomon (1506-1564) : « Le temple sans toit…», « Le temple couvert… »
Sainte Bible, Lyon, J. de Tournes (1504-1564), 1554, in-fol., p. 305 et 306.
Livre imprimé, 390 x 240 mm (ouvert)
BnF, Réserve des livres rares, RÉS. A-313
© Bibliothèque nationale de France
Sortie des presses de l’imprimeur protestant Jean de Tournes, cette estimée des bibliographes s’orne de nombreuses gravures sur bois, attribuées à Bernard Salomon, dont celle du « Temple sans toit avec son porche », que complète quelques pages plus loin la représentation du « Temple couvert, avec son porche, et parvis des prêtres, et le parvis du peuple ».
Au Moyen Âge, comme tous les autres gens de métier, les maçons ont cherché dans la Bible des éléments en lien avec leur activité qui puissent leur servir de modèle. La construction du temple de Salomon, exposée dans le Premier Livre des rois (6-8) et le Second Livre des chroniques (3-5), y fait l’objet de l’un des rares passages illustrant l’art de bâtir. Les Anciens Devoirs citent cet épisode fondateur dans la généalogie légendaire de la maçonnerie. Mais, dans l’imaginaire occidental, Salomon a aussi d’autres traits qui enrichiront son rôle au sein des loges. Dans les traditions juive puis chrétienne, il est le Sage par excellence, comme l’illustre le récit du Jugement de Salomon (Rois I, 3, 16-28) ou comme l’enseignent les dialogues du Livre de la sagesse de la Bible, que les Grecs appelaient d’ailleurs « La Sagesse de Salomon ». Mais derrière cette figure positive et bienveillante perce aussi une image de mystère et de puissance – un peu inquiétante – colportée par des croyances plus cachées mais bien vivaces dans la culture populaire. Les Clavicules de Salomon – un manuscrit magique très diffusé – le présentent comme un mage qui sait parler aux esprits et aux anges. Il est ainsi en contact avec les mondes surnaturels et célestes.
À partir de ces quelques versets bibliques et de ces traditions apocryphes et mélangées, les francs-maçons ont abondamment développé l’histoire salomonienne jusqu’à constituer un véritable cycle légendaire. Ainsi, le personnage, un peu secondaire, d’Hiram est élevé au rôle central d’architecte du Temple. Il faut appréhender ces textes comme les romans de chevalerie du Moyen Âge : le Salomon des maçons est un proche cousin du roi Arthur. De grade en grade, les frères apprennent des secrets nouveaux sur la geste de Salomon, d’Hiram et de leurs disciples, les maçons. Les légendes qui leur sont confiées, souvent bien éloignées des sources bibliques, sont plus soucieuses d’enseignement symbolique et spirituel que de cohérence historique et scripturaire. D’aucuns verront, sous un habillage vétérotestamentaire, l’exposé des grands archétypes spirituels qui hantent la psyché humaine. En 1780, un maçon érudit comme le Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz pouvait ainsi écrire : « La Franc-maçonnerie symbolique a pour base fondamentale le Temple […] élevé à Jérusalem par le Roi Salomon […]. Ce Temple mémorable fut et sera toujours, tant par lui-même que par les grandes et étonnantes Révolutions qu’il a éprouvées, le type général de l’histoire de l’homme et de l’Univers. » P. M.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander : page1, page2