Procès-verbal de la tenue de la loge Coustos-Villeroy, 12 février 1737
La vie de l’une des premières loges françaises en 1736-1737 : la loge Coustos-Villeroy
« Liste des noms des très vénérables maitres surveillants et compagnons qui ont composé la première loge régulière et de ceux qui la composeront dorénavant. La première loge régulière a été tenue le 18 décembre 1736 par le très vénérable maitre Jean Coustos, les deux surveillants D. Errambault Dudzelle Ch. J. L. Baur ».
Papier, 150 x 360 mm
BnF, département des Manuscrits, Joly de Fleury 184, f. 133
© Bibliothèque nationale de France
Des Écossais de la suite de Jacques II ont-ils constitué une loge dans leur exil à Saint-Germain-en-Laye en 1688 ? Cela est tout à fait possible, c’est en tout cas une idée qui circule dans la maçonnerie parisienne dès les années 1730. Néanmoins, on n’a jusqu’à présent trouvé aucun document d’archives qui puisse corroborer cette hypothèse. Les plus anciennes loges françaises attestées sont celles qui ont été créées à Paris vers 1725 et au début des années 1730 : Saint-Thomas au Louis d’Argent, Bussy-Aumont, Les Arts Sainte-Marguerite ou Coustos-Villeroy. À partir de Paris, des loges s’implantent dans les grandes et moyennes villes du royaume autour de 1740 : Lyon, Marseille, Orléans… À Bordeaux, des marins et des négociants irlandais fondent la loge L’Anglaise en 1732. À Toulouse, ce sont des réfugiés jacobites qui créent la maçonnerie, autour de 1740. Les Britanniques restent nombreux dans cette première maçonnerie française et fournissent d’ailleurs les trois premiers grands maîtres : Philip, duc de Warton (1698-1731), le baronnet Hector Mc Lean (1703 ?-1750) et Charles Radcliffe, cinquième comte de Derwentwater (1693-1746).
Le premier grand maître français est Louis de Pardaillan de Gondrin (1707-1743), le jeune duc d’Antin, deuxième du nom, élu en 1736. À sa mort, en 1742, Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont – un prince du sang, petit-fils de Louis XIV –, lui succède. Une première Grande Loge de France se constitue autour de 1735 mais peine à établir son autorité sur les loges de province. Après plusieurs crises, à la mort du grand maître Clermont, en 1771, cette première Grande Loge connaîtra une importante réforme interne : d’où naquit, en 1773, le Grand Orient de France.
Jusqu’à l’intervention politique anglaise auprès du cardinal Fleury, la coexistence de deux rameaux de la franc-maçonnerie en France est attestée : en 1737, la franc-maçonnerie du grand maître jacobite des loges du royaume de France, le comte Charles de Derwentwater, connaît d’ailleurs trois degrés symboliques et deux degrés écossais, alors que celle de son successeur le duc d’Antin (initié par le duc de Richmond, passé grand maître de la Grande Loge de Londres) ne reconnaît que deux degrés symboliques.
À côté de la loge du grand maître Derwentwater, Saint-Thomas, à forte coloration jacobite, la loge Coustos-villeroy, par ses liens avec Londres, se situait sans doute plutôt dans le sillage de la première Grande Loge de Londres et de ses allégeances hanovriennes. Elle fut fermée en 1737 au moment de l’interdiction de la franc-maçonnerie par le cardinal Fleury, principal ministre de Louis XV.
 
 

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