Les Figures secrètes des Rose‑Croix
Les Figures secrètes des Rose‑Croix
Altona, 1785-1788
Imprimé et publié par J. D. A. Eckhardt, « in Commission in der Heroldschen Buchhandlung in Hamburg ».
25 planches coloriées, 4 800 x 2 800 mm
BnF, Réserve des Livres rares, R-918 (2 cahiers)
© Bibliothèque nationale de France
Ce livre, imprimé dans la ville alors danoise d’Altona et commercialisé par les libraires hambourgeois Herold, est paru en trois livraisons successives entre 1785 et 1788 que l’on trouve rarement réunies. Il se compose idéalement de trente-six planches richement colorées, reprenant celles de manuscrits de tradition théosophique, rosicrucienne, alchimique et piétiste. Au carrefour donc de différents courants spiritualistes et ésotériques auxquels la franc-maçonnerie n’était pas étrangère, il entend synthétiser, en trente-six diagrammes, une présentation à la fois religieuse (la référence au christianisme y est constante), métaphysique, mathématique et physico-chimique du monde. À ce titre, il poursuit une tradition qu’avaient tour à tour illustrée la logique lullienne, l’hermétisme de Robert Fludd ou la combinatoire du jésuite Athanase Kircher, dont les différents ouvrages s’ornaient eux aussi de complexes illustrations visant à resituer l’homme dans l’univers.
Au-delà du caractère ésotérique de ce traité didactique, dont les spécialistes même n’ont pas fini d’exploiter les richesses, l’aspect esthétique de ces compositions polychromes frappe l’initié comme le profane, sensible au moins au vertige métaphysique qui lui fait entrevoir des profondeurs insoupçonnées. L’auteur ou les auteurs, demeurés anonymes, semblent par ces figures vouloir s’arracher à la contingence, pour trouver une dynamique que ne rend qu’imparfaitement l’impression en deux dimensions. Sont en tout cas systématiquement soulignées les correspondances du microcosme et du macrocosme, l’interaction du matériel et du spirituel, l’interdépendance du physique et du moral, ayant pour effet une abolition des frontières entre l’au-delà et le monde sensible ainsi subsumé.
L’histoire de l’un des deux exemplaires ici présentés est typique d’un double transfert culturel : il fut en effet offert par le libraire hambourgeois Johann Joachim Christoph Bode (1730-1793), personnalité maçonnique de premier plan de l’Aufklärung, ami de Goethe et de Lessing, éditeur de Herder et de Klopstock, traducteur de Montaigne, à ses frères de la loge parisienne Les Amis réunis lors de son voyage en France de 1787, à l’occasion d’une visite dont il fit état dans son Journal. L’ex-dono atteste la réalité de l’Europe des Lumières, mais aussi de liens étroits entre rosicruciens et Illuminés de Bavière (dont Bode faisait partie) et les « philalèthes », eux-mêmes engagés dans la voie d’une maçonnerie mystique dans la dernière décennie de l’Ancien Régime.
Les multiples réutilisations de ces textes et figures et leurs nombreuses rééditions et traductions jusqu’à nos jours (Harmsen 2013) témoignent de leur succès et de leur importance aux yeux de rosicruciens, d’alchimistes et aussi de francs-maçons qui voient en eux une source non encore tarie de leur inspiration.
 
 

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