La croix d'or « Pauzé [sic] moi comme un sceau sur votre cœur »
« Maçons levez les yeux vers l'étoile mystérieuse »
Page de frontispice de La Géométrie du maçon
François-Nicolas Noël, 1812.
Manuscrit, aquarelle sur papier, 460 x 610 mm
BnF, département des Manuscrits, FM-ICONOGR-ATLAS (1)
© Bibliothèque nationale de France
Le frontispice de cet exceptionnel manuscrit, extraordinairement enluminé, représente un compagnon franc-maçon, avec son tablier à bavette rabattue, dans une attitude rituelle. Il montre l’étoile flamboyante, emblème du compagnon. L’étoile symbolise, notamment depuis la Renaissance, le microcosme, image de l’homme. Au centre, la lettre « G » signifie « géométrie », mais aussi « Dieu » (God en anglais, Gott en allemand).
Étrange personnage que François-Nicolas Noël (1761-1827), fils de maçon et compagnon tailleur de pierres qui opta ensuite pour l’état de géomètre, établi près d’Orléans, à Cléry, où il se maria. Initié en juin 1804 par la loge Jeanne-d’Arc, à Orléans, il y fit une carrière rapide et devint membre d’un chapitre Rose-Croix dont il était encore grand archiviste en 1811 ; sa trace se perd peu après alors qu’il avait fait don au Grand Orient de France, pour l’instruction de ses frères, de plusieurs manuscrits qu’il avait rédigés et pour lesquels son obédience le gratifia d’une rente annuelle. Deux de ces ouvrages – au total quatre cent soixante pages richement enluminées – appartiennent au fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale de France : La Géométrie du maçon, La Physique du maçon, La Stéréométrie du maçon (1812, sous la même reliure), L’Alchimie du maçon (1813) enfin. Si l’on ajoute les cent trente-neuf pages de La Croix divine conservées à Moscou et une Théologie du maçon signalée à Dublin, on demeure confondu par l’ampleur et la qualité du travail, notamment les dessins « géométrico-théosophiques » des planches, conçus comme de véritables supports de méditation : est-ce l’œuvre d’un seul homme ?
L’entreprise s’inscrit dans une tradition vivante depuis la Renaissance de représentation synthétique des correspondances entre les différentes parties de la création : une « harmonie du monde ». Jacob Boehme (1575-1624), du côté de la théosophie mystique, l’hermétiste Robert Fludd (1574-1637) et bien d’autres l’ont précédé, mais c’est des Figures secrètes des Rose-Croix parus à Hambourg en 1786-1788 et qui circulaient dans toute l’Europe que François-Nicolas Noël a tiré une partie de ses modèles, sans jamais toutefois se fondre en eux.
La démarche initiatique lisible dans les planches est celle d’un ésotériste chrétien marqué par la dévotion au cœur du Christ et à la Croix, dans le sens du sentiment religieux catholique de son temps, mais exprimée dans le travail de la pierre d’un maçon des Lumières.
 
 

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