Divulgation, révélation, trahison ?
Divulgation, révélation, trahison ?
Gabriel-Louis Pérau, L’Ordre des franc-maçons trahis et le secret des Mopses révélé [suivi de] Chansons de la très vénérable confrérie des francs-maçons
Amsterdam, 1758, in-8o.
295 x 300 mm
BnF, département Philosophie, Histoire et Sciences sociales, H-17197, pl. V
© Bibliothèque nationale de France
Les premières divulgations publiques du « secret des francs-maçons » suivirent de peu la création de la Grande Loge de Londres et surtout la publication de ses Constitutions en 1723 : des révélations commencent alors à paraître dans les journaux londoniens. Pour les maçons anglais, soucieux de préserver leurs mystères, le scandale atteignit son comble lorsque parut, en 1730, un document exceptionnel pour les historiens : Masonry Dissected (La Maçonnerie disséquée), dû à un certain Samuel Prichard, dont on ne sait à peu près rien, et qui révèle par le menu tous les symboles, les rites et les secrets des trois premiers grades de la franc-maçonnerie (apprenti, compagnon, maître). Il faudra attendre trente ans pour que de nouvelles révélations soient publiées en Angleterre (The Three Distinct Knocks, 1760 ; Jachin & Boaz, 1762).
Quelques années plus tard, les Français ne seront pas en reste. Si la franc-maçonnerie s’installe discrètement à Paris en 1725, son existence y devient publique en 1736 et dès 1744, on assiste à une impressionnante rafale de publications à son sujet : d’abord Le Secret des francs-maçons puis, en 1745, L’Ordre des francs-maçons trahi et Le Sceau rompu, ou la Loge ouverte aux profanes. En 1747, Les Francs-maçons écrasés explorent aussi une veine polémique qui fait entendre les premiers échos de l’antimaçonnisme, promis en France à un grand avenir. Du reste, dès 1744, un contre-feu avait été allumé avec deux divulgations fantaisistes mais sans doute destinées à tenter d’égarer les « profanes » : Le Parfait Maçon et La Franche-maçonne. Plus tard viendront encore Le Maçon démasqué, en 1751, et Les Plus Secrets Mystères des hauts grades de la maçonnerie dévoilés, en 1766.
Ouvrages dont les sources sont souvent mal connues, et les auteurs presque tout autant, les divulgations ont été jugées diversement selon les époques. On sait aujourd’hui, par les nombreux recoupements qu’il a été possible de faire, tant avec des manuscrits français qu’avec des documents anglais de la même époque, qu’ils nous donnent une image sincère et assez exacte des pratiques maçonniques de leur temps. Si leur impression a sans doute été inspirée à leurs auteurs par le désir de satisfaire la curiosité du public et de faire un peu d’argent en traitant d’un sujet « à la mode », leur destin fut parfois inattendu : ainsi de la divulgation de Prichard, Masonry Dissected, dont le succès fut considérable et qui, en un temps où les frères s’interdisaient de consigner par écrit leurs rituels, finit par leur servir d’aide-mémoire et fixa durablement leurs usages… Dans les années qui suivirent la divulgation du maçon renégat Samuel Prichard de 1730 parurent sur le continent plusieurs « révélations », à l’exactitude des plus variées. Celle qu’on doit à Gabriel-Louis Pérau, d’abord éditée en 1742 sous le titre Le Secret des francs-maçons puis maintes fois rééditée et traduite, est, elle, d’une grande qualité. Nourrie d’indiscrétions bien documentées recueillies dans les loges parisiennes, elle constitue selon Daniel Ligou un document historique sur le rite français, malgré le caractère brouillon de l’exposé qu’il lui reproche (à titre d’exemple, le catéchisme ne précise pas à quel grade se pose telle ou telle question).
Cette « révélation », qui bientôt servit de manuel dans les loges françaises, contient plusieurs planches gravées de grand format, qui exposent le « véritable plan de la loge » pour les trois grades, rectifiant ainsi des plans erronés publiés dans une autre « révélation », moins bien informée.
Aux éditions ultérieures (dont celle de 1758 ici présentée) figure un texte annexe consacré à l’ordre des Mopses et des chansons. D’origine germanique, l’ordre mixte des Mopses, imitation de celui des francs-maçons, qui prenait le chien carlin (Mops en allemand) pour le symbole de la fidélité, n’eut qu’une courte existence mais connut une vogue certaine. Quant aux chansons, elles ne font que reproduire celles qui avaient déjà été publiées par Jacques-Christophe Naudot en 1737.
 
 

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