Templier en habit de guerre
Pierre Hélyot, Histoire des ordres monastiques religieux et militaires et des congrégations séculières de l’un et de l’autre sexe qui ont esté établies jusqu’à présent…, T. VI. Suite de la 4e partie, qui comprend toutes les différentes congrégations, les ordres militaires et les chanoinesses séculières qui ont été soumises à la règle de S. Benoît.
Paris, N. Gosselin, 1718
BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, 4-H-6077 (6), p. 32
© Bibliothèque nationale de France
Cette encyclopédie monastique du début du XVIIIe siècle, bien documentée, ornée de nombreuses planches (demeurées anonymes), colorées dans certains exemplaires, compte, dans le chapitre « Des Templiers & de leur abolition », trois gravures consacrées à ceux-ci, dont ce martial « Templier en habit de guerre » qui, quatre siècles plus tard, inspirera la franc-maçonnerie. Car, sans spéculer sur une continuité entre les Templiers du XVIe siècle et les francs-maçons du XVIIIe, on ne peut nier que par le truchement de l’historiographie et de l’iconographie l’ordre du Temple a constitué l’une des sources des décors et des dénominations des hauts grades.
Dans les années 1720, plusieurs textes de la première franc-maçonnerie anglaise établissent un lien entre maçonnerie et chevalerie, à commencer par les Constitutions d’Anderson elles-mêmes.
En France, c’est le célèbre discours du chevalier de Ramsay qui, à partir de 1736, popularise l’idée que les francs-maçons sont les successeurs des chevaliers de Terre sainte et que leur confrérie est en fait un ordre de chevalerie. La nature chevaleresque de la franc-maçonnerie n’est d’ailleurs pas un secret uniquement évoqué dans le huis clos des loges, mais une opinion déjà exprimée par des contemporains. Si les maçons descendent des croisés… les Templiers ne sont plus loin !
Vers 1740, on commence à associer les loges au destin tragique de l’ordre du Temple. La franc-maçonnerie serait le voile sous lequel se seraient réfugiés, en Écosse, les templiers ayant réchappé de la persécution de Philippe le Bel. Sous l’influence de ces idées, les cérémonies maçonniques s’enrichissent. Ainsi, les maçons français adoptent le port de l’épée et du cordon. Des grades maçonnico-chevaleresques apparaissent, comme ceux de « chevalier écossais » ou « chevalier d’Orient ». L’ordre – maçonnique – des Sublimes Chevaliers élus et à sa suite le chevalier kadosch, puis la Stricte Observance templière prétendent relever l’ordre du Temple et confèrent des grades templiers.
 
 

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