Tablier de maître écossais de Saint‑André
1820.
Cuir, galons, rubans et rosettes en satin, 280 x 335 mm
Paris, musée de la Franc-maçonnerie. Num. inv. 2014-011-004
© Musée de la Franc‑maçonnerie
Tablier de maître écossais de Saint-André, quatrième grade symbolique du régime écossais rectifié, ayant appartenu au frère Georges Grimmer (né en 1789), notaire à Strasbourg. Si Strasbourg est connu comme l’un des centres de la maçonnerie chrétienne et théosophique du rite rectifié au XVIIIe siècle, on oublie souvent que la loge La Candeur a poursuivi ses travaux jusqu’en 1828. Ce tablier est un témoignage de ces dernières années du directoire écossais de Bourgogne. On notera les traces d’une rosette blanche sur la bavette, ce qui laisse penser que son premier propriétaire était aussi membre de l’Ordre intérieur (c’est-à-dire chevalier bienfaisant de la Cité sainte).
Le rite écossais rectifié naquit à Lyon en 1778 au convent national des Gaules et se situe d’abord dans la continuité de la maçonnerie française du XVIIIe siècle. Sur cette base, il lui fut adjoint la structure établie par la Stricte Observance templière, apparue en Allemagne à la fin des années 1750 et installée en France en 1773 – un des nombreux avatars du templarisme maçonnique au siècle des Lumières, probablement le plus brillant et le plus fascinant. Enfin, fait peu commun, il s’adosse à une doctrine théosophique et mystique qui repose sur les enseignements de Martines de Pasqually (vers 1725 ?-1774), un thaumaturge d’origine discutée qui avait diffusé en France son ordre des élus Coëns à partir du début des années 1760. Ce sont peut-être ces multiples composantes qui firent apparaître le rite (ou « régime ») écossais rectifié comme difficile d’approche et quelque peu atypique dans le paysage maçonnique de son temps.
Le soyeux lyonnais Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), l’un de ses principaux fondateurs, ayant eu par ailleurs une connaissance complète de la maçonnerie de son temps, architectura ce long travail et sut le mener à son terme. Le rite écossais rectifié fut ainsi l’un des premiers rites maçonniques en France à avoir été achevés et rigoureusement codifiés. Il est complété par une dimension chevaleresque qui prend place dans son « ordre intérieur ». L’ensemble des réformes lyonnaises sera définitivement approuvé en 1782 au convent général de Wilhelmsbad, rassemblant toutes les loges du régime en Europe, et ses rituels seront formalisés peu après. Pourtant, après la Révolution française, le rite disparaît peu à peu. Jean-Baptiste Willermoz, très âgé, se retrouve isolé et seul, et, malgré un timide réveil sous l’Empire, les loges rectifiées connurent à nouveau un long sommeil. Le rite écossais rectifié ne subsistera qu’en Suisse, son ultime conservatoire pendant le XIXe siècle. Le réveil en France se produira en 1910 au sein du Grand Orient de France, par la volonté du frère Édouard de Ribaucourt : il recevra de la préfecture rectifiée de Genève la communication des quatre grades symboliques du rite et y sera armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, échelon suprême de l’ordre. L’ordre intérieur lui-même sera officiellement réveillé en 1935 par Camille Savoire avec la création du Grand Prieuré des Gaules. Depuis l’après-guerre, ce rite jusque-là assez confidentiel a connu en France une nouvelle jeunesse et compte à ce jour des milliers d’adeptes.
 
 

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