René Guénon (1886-1951)
Un métaphysicien ésotériste et franc-maçon
Photographe Henri Martinie.
Paris, coll. Roger Viollet
© Roger Viollet
D’après ses propres dires à certains correspondants, Guénon a d’abord fréquenté, à Paris, la loge Humanidad (fondée en 1906), du rite national espagnol (« organisation irrégulière » selon lui ; la loge passa ensuite – en 1908 – au rite de Memphis-Misraïm), puis le chapitre et temple INRI n° 14, appartenant au rite primitif et originel swedenborgien, avant d’être reçu (début 1912) au sein de la loge Thébah, dépendant de la Grande Loge de France. Son activité maçonnique personnelle – qui incluait également des contacts avec certains membres du Grand Orient de France – ne semble pas s’être prolongée au-delà du début de la Première Guerre mondiale.
Dès sa collaboration à la revue La Gnose (de novembre 1909 à février 1912), Guénon (sous le pseudonyme de « Palingénius ») consacre plusieurs articles à la franc-maçonnerie, mais la perception qu’il en a – quelque peu influencée à l’époque par celle d’Oswald Wirth (1860-1943) – est encore assez différente de celle qu’il exprimera plus tard. En effet, dans des écrits relativement connus et publiés surtout après 1945, René Guénon a affirmé d’autorité que franc-maçonnerie et compagnonnage(s) représentaient en substance les deux seules organisations initiatiques authentiques subsistant de nos jours en Occident. Il a en outre insisté (comme déjà dans La Gnose) sur la distinction capitale à observer entre initiation symbolique (ou « virtuelle ») et réelle (ou « effective »), ce qui revient à attribuer à la transmission de l’influence spirituelle – raison d’être essentielle de l’initiation en tant que telle, selon lui – un effet soit latent et différé (cas de la maçonnerie devenue « spéculative »), soit actuel et immédiat. Dans cette perspective, la nécessité d’envisager une suite ininterrompue de rattachements rituels successifs devient inéluctable et pose du même coup la question des origines historiques de ces formes initiatiques artisanales, que Guénon (parmi d’autres) fait remonter aux guildes opératives antiques et médiévales.
Toutefois, les aspects proprement spirituels de l’« opérativité » ne sont pas exclusivement liés, comme à leur support privilégié, à la seule dimension professionnelle, dans la mesure où René Guénon estime qu’à cette dernière peut être substituée, au moins partiellement et avec des effets comparables, la pratique d’une invocation. Il assigne enfin à la franc-maçonnerie, outre le rôle de constituer originellement une initiation de métier de portée avant tout cosmologique, celui de « conservatoire » symbolique de formes initiatiques occidentales disparues. Quant à la pratique maçonnique elle-même, elle ne dispense pas selon lui de celle, complémentaire, d’un « exotérisme » religieux (Guénon 1952 [1947]). Par le biais de divers correspondants, Guénon a joué en outre un rôle central dans la constitution à Paris, en 1947, de la loge La Grande Triade, au sein de la Grande Loge de France. Obédientielles ou sans patente de constitution, plusieurs loges existent aujourd’hui de par le monde dont les travaux s’inspirent étroitement des orientations « traditionnelles » – doctrinales et pratiques – fixées par son œuvre.
 
 

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