Louis-Sébastien Mercier (1740-1814)
« Soyons maçons et non académicien »
« Soyons maçons et non académicien »
« Soyons maçons et non académicien »
Discours de Louis‑Sébastien Mercier en loge, XVIIIe siècle
Manuscrit autographe, papier, 24,5 x 19 cm
BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, MS 15086A
© Bibliothèque nationale de France
À côté de ses textes assez courts et bien connus des Tableaux de Paris, Robert Amadou a découvert, au début des années 1970 dans les archives Mercier, à la bibliothèque de l’Arsenal, une « planche » du frère Mercier en loge. Rappelons d’abord que les planches de frères du XVIIIe siècle sont assez rares dans les archives maçonniques qui ont subsisté, et c’est le premier intérêt du document. Mais le texte lui-même, assez long, assez travaillé, est riche d’informations sur les idées maçonniques de Mercier. Le Tableau de Paris expliquait que « la loge des Neuf Sœurs s’est distinguée par des fêtes brillantes qu’on pouvait regarder encore comme des séances académiques. Le charme de la littérature en faisait le principal agrément. On a vu tous les hommes célèbres et contemporains fraterniser dans cette loge, malgré la différence de leur art ». Ici Mercier a décidé de sermonner ses – illustres – frères, puisqu’il les interpelle avec la formule « Soyons maçons et point académiciens ». Il professe un rousseauisme spiritualiste qui contraste avec l’anticléricalisme farouche qui anime, par exemple, sa note sur le Grand Orient et les Jésuites : « L’instinct divin est donc la source de tout ce qu’il y a d’éminent en l’homme ; et nous voilà dès lors tous égaux, du moins par le sentiment ; et jusqu’à quelle hauteur le sentiment n’élève-t-il pas la pensée […], égaux et militant par les mêmes forces pour le bonheur commun, l’homme, en passant sur cette Terre, doit le tribut de ses pensées à tous les hommes, comme moyen de félicité générale. Car le plus beau présent que l’homme puisse faire à l’homme, c’est la pensée. Pourquoi, parce qu’une pensée, dans l’ordre de l’infini est toujours la clef d’une autre pensée ; et les pensées, quoiqu’infinies en nombre, se tiennent toutes entre elles. Laisser échapper une pensée c’est perdre un trésor. Tyranniser la pensée est un attentat contre le genre humain. »
 
 

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