Une loge sous la Révolution : le Centre des amis
Une loge sous la Révolution : le Centre des amis
Registre de procès-verbaux de la loge Le Centre des amis. Feuillet concernant la tenue du 17 janvier 1794
Paris, du 2 février 1793 au 9 août 1804.
Manuscrit, papier, 365 x 240 mm
BnF, département des Manuscrits, FM3 (31)
© Bibliothèque nationale de France
En 1793, Roettiers de Montaleau crée la loge Le Centre des amis pour essayer de préserver les valeurs de fraternité et d’amitié dans une période de violence sociale. Il souhaite aussi rassembler le dernier carré des dignitaires maçonniques qui acceptent encore de défendre les intérêts de la franc-maçonnerie dans un contexte particulièrement difficile.
La loge Le Centre des amis a été fondée le samedi 2 février 1793, douze jours après l’exécution de Louis XVI, suite à une convocation adressée « aux anciens vénérables et à plusieurs maçons réguliers » par Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau, ancien conseiller-auditeur puis conseiller-maître en la Chambre des comptes de Paris devenu directeur de la Monnaie de Paris.
Les travaux furent ouverts à l’orient par le frère Humbert Gerbier. Les opinions politiques des membres fondateurs de la loge étaient pour le moins diverses. Ainsi, Joachim Ceyrat était un fervent révolutionnaire, alors que Louis Daniel Tassin était plutôt favorable à la monarchie. Le titre distinctif « Centre des Amis » proposé par Roëttiers de Montaleau a été retenu « à la pluralité des voix » de préférence à « Régénération », proposé par Griois, et à « Réunion fraternelle », proposé par Turrel. Il fut décidé lors de la même réunion d’accepter la proposition du frère Gerbier de prendre les constitutions de la loge Guillaume Tell à l’orient de Courbevoie, loge du régiment des gardes suisses dont il avait été vénérable et dont les membres avaient été décimés le 10 août 1792, puis de demander ensuite le changement de nom au Grand Orient.
Après une première assemblée le 21 février 1793, les élections des officiers de la loge eurent lieu le 3 mars 1793. Roëttiers de Montaleau fut élu vénérable. Il y eut ensuite une réunion tous les mois. Petit à petit, la Terreur s’était installée. Pendant la réunion qui eut lieu le 3 novembre, le vénérable, Roëttiers de Montaleau, fut appelé à l’extérieur pour ses affaires personnelles. Arrêté le 20 novembre 1793, il fut remis en liberté deux mois plus tard, le 20 janvier 1794. Deux assemblées avaient eu lieu en son absence. Au cours de celle du 10 décembre, le frère Graffin, vénérable d’office, avait proposé que le « vous » de l’Ancien Régime soit remplacé par le « toi » de l’amitié républicaine », et un autre frère avait suggéré de changer les décors des loges et de les assortir aux couleurs adoptées par la République. Lors de l’assemblée suivante, ouverte par le frère Griois, vénérable d’office le 9 janvier 1794, il fut décidé d’ajouter un dernier article selon lequel il ne serait jamais traité dans l’atelier d’aucune question ayant trait aux affaires politiques ou de religion, ce qui n’empêcha pas les respectables frères de chanter au banquet qui suivit un cantique aux accents maçonniques, patriotiques et républicains. Roëttiers de Montaleau retrouva ses amis le 8 février 1794. Une assemblée eut lieu le 10 mars, puis une autre le 9 mai 1794. La Convention ayant fixé la date de célébration de la fête de l’Être suprême au dimanche 8 juin 1794, la réunion suivante, qui aurait dû avoir lieu à cette date, fut remise au mercredi 18. L’assemblée suivante eut lieu plusieurs mois plus tard, le 20 décembre 1794. Il y eut quelques tenues très courtes au premier trimestre 1795, et, le 19 avril 1795, au vu des difficultés d’approvisionnement et du prix des denrées, il fut décidé de renoncer au banquet mensuel. Il y eut ensuite une réunion le 30 juin 1795 au cours de laquelle furent mentionnés les décès des frères Brissac de Soxey, doyen des maçons, et Gerbier, ex-vénérable, un voile pudique étant jeté sur d’autres frères disparus « sans avoir atteint le terme de la vie », au rang desquels Tassin et Laffilard, morts guillotinés en mai 1794. Interrompus jusqu’au 21 décembre 1795, les travaux reprirent en 1796. Pierre Louis Paul Randon de Lucenay remplaça Roëttiers de Montaleau comme vénérable, et le 10 mars 1797 se déroula l’installation de la loge dans un nouveau local, rue du Vieux-Colombier, dans une maison que Roëttiers de Montaleau avait achetée quelques mois plus tôt, le 26 juillet 1796, et qui avait fait partie du couvent des Filles de Notre-Dame-de-la‑Miséricorde. J. T.
 
 

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