Chants maçonniques du F... Édouard Brughière
s. d. (1849).
Albi, Archives dép. du Tarn, BIB_C426_45_Chants maçonniques
© Archives départementales du Tarn
Plaquette de musique éditée et vendue aux loges par la loge L’Harmonie universelle de Castres pour financer la création de la crèche Saint-Jean.
Les francs-maçons ont hésité sur la façon d’exprimer leurs intentions sociales : « bienfaisance » ? « charité » ? Avec l’idée de mutualité, c’est la « philanthropie » qui s’impose au milieu du XIXe siècle : « La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique… »
À Castres (Tarn), à la veille de la IIe République, dans la loge L’Harmonie universelle, le frère Jules Barbaza (oncle maternel de Jean Jaurès) propose à l’atelier de s’occuper d’une question pratique : le problème de la viande animale à bon marché pour la classe ouvrière. Le frère orateur lance un projet de boulangerie sociétaire destiné à faire réaliser à l’ouvrier d’importantes économies sur le pain, élément indispensable de son alimentation. Mais, entre juillet 1847 et la dernière tenue, en novembre 1851, le grand chantier qui mobilise et fait la fierté de la loge, c’est l’établissement d’une crèche dans la ville de Castres. La crèche Saint‑Jean est une œuvre philanthropique tenue par des dames patronnesses et administrée en direct par la loge. Tous les frères, y compris les nouveaux initiés, sont souscripteurs, chacun selon ses moyens. Le vénérable Vincent Piéglowski propose « d’envoyer nos chansons maçonniques à toutes les loges de France moyennant un prix fixe et au bénéfice de la crèche que nous avons fondée ». Les frères, « considérant les services importants rendus à la population ouvrière par la crèche St-Jean qui a été fondée par la L ..., considérant la nécessité de développer cette utile institution, d’augmenter notamment le nombre des berceaux devenu insignifiant et de pourvoir d’une manière durable au maintien de l’œuvre, décident d’éditer en album les chants Maç ... du F ... Édouard Bruguière, qui ont été vivement goûtés de tous les membres de l’atelier, notamment aux fêtes de l’ordre dont ils ont rehaussé le charme et la solennité ». À chaque tenue, des nouvelles de la crèche sont données par l’orateur, qui assure que « le côté matériel de l’institution charitable est des plus satisfaisant tant sur le rapport du personnel que sous le rapport des soins et de la propreté donnée aux enfants » ; il cite un article paru dans l’Étoile de Normandie, alors que le Journal de la Saône-et-Loire relate l’expérience menée par la loge de Macon.
En novembre 1851, après avoir donné le détail de la situation prospère de « notre » crèche relativement au nombre d’enfants qui la fréquentent, le vénérable Jean Nauzières fait part de la pénurie de linge qui s’y fait sentir et annonce en même temps que, pour remédier à ce fâcheux état, les frères ont eu l’idée de créer une lingerie spéciale avec le produit d’un concert donné dans le local même de la loge. Mais le 9 décembre de cette même année, au lendemain du coup d’État, la loge est fermée autoritairement.
Aujourd’hui, dans le Dictionnaire de la franc-maçonnerie (Ligou 2006), l’entrée « Philanthropie » renvoie à « solidarité », et le Grand Orient s’est doté d’une fondation reconnue d’utilité publique en 1987 qui a pu intervenir pour aider la crèche Baby Loup (en 2014, à Conflans-Saint-Honorine), emblématique du combat pour la laïcité.
 
 

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