Jules Ferry (1832-1893)
Photo Pierre Petit.
BnF, département des Estampes et de la photographie, N2 J. Ferry
© Bibliothèque nationale de France
Les lois Jules Ferry, sur la gratuité de l’école puis l'instruction obligatoire et l'enseignement public furent votées, sous la IIIe République, en 1881 et 1882.
Le combat pour que l’école échappe à l’Église catholique rassemble les francs-maçons au temps de Jules Ferry. Mais là s’arrête l’unité : la solidarité maçonnique bute en permanence sur la question des modalités de mise en œuvre de la laïcité, et appartenir à la même loge et à la même obédience maçonnique ne suffit pas à gommer des clivages fondamentaux. En effet, le débat est vif au sein des loges et des instances dirigeantes de la franc-maçonnerie entre frères libres penseurs spiritualistes et frères libres penseurs athées sur la place de Dieu dans l’instruction des enfants.
Le projet d’un nombre grandissant de francs‑maçons est non seulement de rejeter le curé et le catéchisme hors de l’école, mais également de promouvoir une « morale indépendante » de la religion. Or, il paraît impossible aux francs-maçons spiritualistes, même s’ils sont anticléricaux, d’imaginer une éducation qui ne s’appuierait pas sur une philosophie religieuse. La mise en évidence de l’attitude des élus francs‑maçons lors des délibérations législatives de la loi de 1882 montre, de façon très nette, qu’il n’y a pas d’unanimité chez les francs-maçons et même qu’un nombre important d’entre eux n’hésitent pas à gêner l’action de leur « frère » Jules Ferry. Au Parlement, on n’est pas d’abord un député ou un sénateur franc-maçon, on est antireligieux ou spiritualiste, on est radical ou opportuniste ; on est à l’extrême gauche, à l’Union républicaine, à la Gauche républicaine ou au centre gauche.
Cela montre, à tout le moins, qu’il n’existe pas, contrairement à ce que disent les parlementaires de l’opposition, de « plan » maçonnique, préparé dans les loges et mis en œuvre à la Chambre et au Sénat, pas plus qu’il n’existe de tactique pour manœuvrer de façon homogène dans les débats et dans l’action. Dans le même temps, on peut aussi considérer que, puisque diversités républicaine et maçonnique il y a, les loges ont tout de même permis à ces différentes tendances républicaines et libres penseuses de se côtoyer et de débattre, parfois en amont des discussions parlementaires. Même si d’autres cercles ou associations ont pu jouer un rôle de nature identique, il n’en reste pas moins que cette fonction remplie par les loges a sans doute été essentielle dans les premiers temps de la mise en place de notre instruction publique. J.-P. D.
 
 

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