Le banquet maçonnique
Assiette à décor, vers 1830.
Faïence fine imprimée, manufacture de Paillart et Hautin à Choisy, diam. 215 mm
Paris, musée de la Franc-maçonnerie. Num. inv. F1.042
© Musée de la Franc‑maçonnerie
« Ce sont de fort jolis garçons / Qui ne s’unissent que pour boire / Là se réduit tout le grimoire / Des francs-maçons », chantaient déjà les camelots du Pont-Neuf à la fin de l’Ancien Régime. Quand on ne les accuse pas d’accaparer le pouvoir, les « chevaliers de l’estomac » sont tournés en dérision pour leur goût de la bonne chère.
Avec leur « rituel de table » et leurs « travaux de mastication », les francs-maçons semblent il est vrai donner dans l’inversion de leur propre règle. La table est l’atelier, les chaises deviennent « stalles », le sel « sable » et le poivre, « ciment ». Chaque frère, acquittant son « triangle » (participation), va « dégrossir » (découper) la « pierre brute » (le pain) ainsi que les « matériaux » (les mets), armé de son « glaive » (couteau), de sa « pioche » (fourchette) et de sa « truelle »(cuiller). Outre le « drapeau » (serviette) et la « tuile » (assiette), il dispose d’un « canon » (verre) qu'il « charge » (remplit) pour « tirer une santé », à coup de « poudre forte » (vin) et de « poudre fulminante » (liqueur). En guise de chanson à boire les frères du XIXe siècle entonnaient La Nouvelle Marseillaise : « Aux armes, mes amis / Déchargez vos canons / Tirez, tirez à la santé de tous les vrais maçons ! »
Les agapes qui font suite aux travaux doivent allier qualité et simplicité, ce qui rend délicat l’office du « maître des banquets » que désigne chaque atelier. Dans les grandes occasions, comme le banquet d’ordre annuel qui constitue en lui-même une tenue, ou pour les fête solsticiales, la loge peut aller jusqu’à l’impression d’un menu : de format classique, ou bien en trois pans triangulaires qui se plient en une petite pyramide de table, les belles compositions typographiques du XIXe siècle et de la première moitié du XXe sont ornées de motifs symboliques ou reprennent les principes capitaux de l’ordre.
Menus et chansons témoignent d’un humanisme épulatoire dont Charles Fourier, sans être maçon pourtant, s’est inspiré en définissant son idéal social de la « gastrosophie ». Comme le dit cette chanson de l’ancien député Leconte en 1889 : « N’ayez plus peur, ô tremblantes commères / Les francs-maçons toujours sont indulgents. / Des malheureux soulageant la misère / Ils ont pour dieu le Dieu des bonnes gens. / Que chacun ait, au banquet de la vie / Son plat, sa part, sa place et ses chansons / Voilà le rêve et la route suivie / Par tous les francs-maçons. » Avec son triangle modéré qui adoucit les différences sociales et son esprit de camaraderie, la table maçonnique est une mise en œuvre de la fraternité. B. F.
 
 

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