Marianne « maçonnique »
Jacques France (Paul Lecreux), 1887.
Bronze, 900 x 600 x 500 mm
Paris, musée de la Franc-maçonnerie. Num. inv. St.026
© Musée de la Franc‑maçonnerie
Tirage de la version maçonnique du buste de la République dédicacée par Le F... Lecreux (Jacques France) à son Ven... & vieil ami Rodophe Burges. Celui-ci, journaliste républicain et dignitaire du Grand Orient, l’offrit à sa « loge‑mère », La Réunion des amis choisis, à Béziers. La Marianne de Jacques France fut un des bustes de la République les plus populaires. Elle devint l’effigie classique de la démocratie française sous la IIIe République et orna pendant des décennies les mairies des grandes, moyennes et petites villes de notre « douce France »…
À l’origine, elle est une commande pour une ancienne et importante loge de la région parisienne : La Bonne Foi, à Saint-Germain-en-Laye. C’est en janvier 1881 que son vénérable maître (président) demande au sculpteur et frère Paul Lecreux (Jacques France est son nom d’artiste) de réaliser un buste de l’effigie de la République pour une fête que la loge organise le mois suivant. Après quelques hésitations, le sculpteur relève le défi, et l’œuvre est solennellement présentée le 24 février 1881. Elle est appréciée et connaît un rapide succès dans le milieu maçonnique. Elle est d’abord officiellement adoptée par le Grand Orient de France, le 9 janvier 1882, puis par beaucoup de ses loges. Mais les maçons étant nombreux parmi les cadres du Parti républicain, l’idée vint d’en concevoir une version non maçonnique à l’usage des institutions municipales.
La période n’est pas indifférente : en 1881, après l’échec définitif de Mac-Mahon et du gouvernement d’ ordre moral » (1877), le Parti républicain prend peu à peu le pouvoir à tous les échelons du pays, du Parlement aux petites communes en passant par les conseils généraux. Jacques France réalise donc une deuxième version de sa Marianne où les symboles maçonniques sont remplacés par les grandes dates de la République : 1789, 1848 et 1870. Sous la présidence du vieux Victor Hugo, un Comité central des bustes de la République est constitué en 1882. On y retrouve tous les grands noms du Parti républicain, dont beaucoup de maçons : Emmanuel Arago, Louis Blanc, Jean Macé, Camille Pelletan, Frédéric Desmons, Gustave Mesureur… Le Comité réunit la Ligue de l’enseignement, le Congrès anticlérical et, bien sûr, le Grand Orient de France. Des comités départementaux sont ensuite créés. Une active propagande s’engage alors pour diffuser cet « admirable buste de la République. Cet emblème [qui] fut aussitôt acclamé comme représentant mieux qu’aucun autre précédent, l’image de la République telle que nous la désirons ; noble et fière, souriant doucement à tous ses enfants. […] Il importe que chaque loge, chaque bourg et chaque commune de France possède avant peu le buste de notre République, symbole de l’amour de la liberté et de l’initiative Communale ». « Cet élan […] constituera un véritable plébiscite républicain », ajoute la lettre, abondamment diffusée par le Comité central. Le succès de la Marianne de Jacques France accompagne, sur le plan symbolique, le travail politique du Parti républicain visant à enraciner dans la France profonde les idéaux démocratiques.
 
 

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