Une cantate maçonnique de Mozart dans sa publication originale
Mozart en loge
Le frère Mozart
« Lambert j.e fecit »
Eau-forte, 310 x 230 mm
BnF, département des Estampes et de la photographie, RÉS. QB-201 (126)‑FOL, (Hennin 11060)
© Bibliothèque nationale de France
Mozart a très tôt été en contact avec la franc-maçonnerie, mais c’est au cours de son voyage à Paris de 1778 que se tissent de nombreux et durables liens d’amitié avec des francs-maçons. Que ce soit à Mannheim, à Munich, à Paris ou à Strasbourg, ces rencontres semblent avoir été décisives pour son engagement ultérieur parmi les francs-maçons des Lumières. C’est notamment à Mannheim qu’il fait la connaissance d’Otto von Gemmingen, qui sera plus tard à Vienne le maître de sa loge et qui l’initiera.
Le 14 décembre 1784, au faîte de sa gloire, c’est un Mozart âgé de vingt-huit ans qui est initié à Vienne dans la loge rationaliste Zur Wohltätigkeit (À la Bienfaisance), qu’il a choisie en connaissance de cause.
Passionné dès son plus jeune âge par les jeux sur les chiffres et sur les lettres, Mozart absorbe littéralement la symbolique maçonnique dès qu’elle lui est connue. Il développe alors tout un corpus de symboles musicaux : jeux de tierces, notes enchaînées, rythmes de batterie, dissonances se résolvant en accords parfaits, tonalités, choix d’instruments, voire choix de notes – autant d’éléments qui semblent être associés dans sa création à des valeurs ou à des sentiments en lien avec la franc-maçonnerie. Ils s’insèrent harmonieusement et de façon significative dans ses compositions et ouvrent ainsi la porte à des analyses immenses par leur nombre et leur richesse.
Malgré les multiples remous qui agitèrent la franc-maçonnerie viennoise entre 1785 et 1792, Mozart restera fidèle et actif dans sa loge, s’y investissant ardemment jusqu’à ses derniers jours.
Nombre d’œuvres directement composées pour accompagner les travaux de la loge ou des événements particuliers voient le jour : Chant des compagnons K. 468, cantate Die Maurerfreude K. 471, Musique funèbre maçonnique K. 477, Chant pour l’ouverture des travaux K. 483, Chant pour la clôture des travaux K. 484, cantate Die ihr des unermesslichen Weltalls K. 619, cantate Laut verkünde unsre Freude K. 623. Mais c’est surtout l’imprégnation de philosophie ou de fraternité maçonniques dans les chefs-d'œuvre de la maturité qui révèlent l’adhésion du compositeur aux valeurs de l’ordre et à celles des Lumières.
On peut citer à ce titre la plupart des grands chefs-d'œuvre composés à partir de 1785 dans lesquels s’expriment les sentiments fraternels de Mozart ou l’évocation de la démarche initiatique notamment dans ses rapports à la mort.
Ce sont par exemple les concertos pour piano en ré mineur K. 466 et en mi bémol majeur K. 488, les quatuors dédiés à Haydn (en particulier le quatuor K. 465), le trio Les Quilles K. 498, le quintette K. 581 et le concerto pour clarinette K. 622, mais aussi Le Nozze di Figaro K. 492 et bien sûr La Clemenza di Tito K. 621 et Die Zauberflöte K. 620.
Alors que la Révolution est en marche en France, les derniers mois du compositeur sont jalonnés par une intense activité maçonnique. Ainsi, sur les neuf œuvres composées entre juin et décembre 1791, huit sont directement d’inspiration maçonnique et expriment dans un dernier élan créateur la foi de Mozart dans « l’avènement d’une humanité meilleure et plus éclairée ».
 
 

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