Vallès et le journalisme
Vallès et le journalisme
Le « testament philosophique » de Jules Vallès
Livre d’architecture de la loge n° 133 La Justice, du 27 novembre 1868 au 22 novembre 1872, folio 32 r° et v°. Tenue du 2 avril 1869.
Registre manuscrit, 300 x 220 mm
Archives de la GLDF
© GLDF
Le procès-verbal de la tenue de la loge écossaise n° 133 La Justice du 2 avril 1869 s’avère particulièrement intéressant. En effet, c’est ce jour que furent initiés, successivement Gustave Mesureur (1847-1925), qui allait devenir à la fois l’un des plus hauts dirigeants de la franc-maçonnerie et l’un des notables de la IIIe République, et l’écrivain et journaliste Jules Vallès (1832-1885).
Le « tracé des travaux » de la loge rapporte, sous la plume du secrétaire, les opinions contenues dans le testament philosophique de Jules Vallès qui vient d’être lu aux frères, et qu’il a été invité à développer. Voici ce que celui qui n’est encore pour quelques instants seulement que le « Prof... Vallès » déclare : « Je désire, en entrant dans la maçonnerie, trouver aide, protection, mutualité. Je crois que l’idée de Dieu a pu être utile à l’origine des sociétés mais aujourd’hui elle ne peut être que nuisible. Je pense avec Prudhon que s’en occuper actuellement c’est perdre son temps, c’est sacrifier l’homme. Pour beaucoup d’individus, Dieu a pu être un emblème mais je ne crois pas qu’il ait jamais pu être un drapeau. Envers mon semblable je crois le dévouement utile, nécessaire, c’est un sentiment que l’on doit développer chez l’homme.
Le dévouement est une mutualité généreuse qui doit profiter d’une double manière à l’individu, à la collectivité, à ceux même qui ne peuvent rendre aucun service à la société. Je crois les deux mots Droit et Devoir, synonymes. Le droit consiste à défendre sa liberté sans toucher à celle des autres. Le journaliste ne doit pas mentir à sa pensée ; il y mentirait, du reste sans grand danger pour la société. Je ne crois pas à l’homme de lettres, génie, il n’invente pas, il n’est que le reflet, le traducteur. Il ne fait, par son œuvre, que mettre une enseigne à une idée. Un journaliste peut compromettre sa dignité mais n’a jamais d’influence assez grande pour porter atteinte à la liberté d’une nation. Si il produit une idée bonne ce sera un drapeau, si c’est une idée mauvaise ce ne sera qu’une cible. Je ne crois pas Parny dangereux. De Sade n’est qu’une étrangeté sans aucune influence : Ils ont traduit leur époque, ils n’ont pas créé les vices dont elle s’est souillée. »
 
 

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