François Ier
BnF

Connaissez-vous François Ier ?

Par Peter Burke

Souvenirs scolaires, images d'Épinal, toiles de grands et petits maîtres ou décors d'institutions culturelles animent un kaléidoscope qui fait de François Ier un prince familier.

Questionner les images de François Ier


De tous les rois de France, François Ier est un de ceux dont le nom suscite le plus immédiatement un ensemble d'images qui donnent un contenu au règne tout en évoquant la personnalité d'un homme. Souvenirs scolaires, images d'Épinal, toiles de grands et petits maîtres ou décors d'institutions culturelles animent un kaléidoscope qui fait de François Ier un prince (presque) familier à nos yeux.
François Ier est d'abord le jeune héros de Marignan, la plus éclatante victoire française des guerres d'Italie, à l'issue de laquelle il est adoubé par son fidèle lieutenant Bayard – 1515 reste une date clef de l'histoire nationale pour bien des Français. Il est aussi le prince fastueux de la rencontre du Camp du Drap d'or, avec Henri VIII.
Dans un registre différent, il est le roi ami des arts et des artistes, recueillant le dernier souffle de Léonard de Vinci sous le pinceau d'Ingres, ou le grand bâtisseur qui permet à l'architecture française de sortir d'un Moyen Âge obscur. Au centre d'une vie de cour somptueuse et raffinée, il est le souverain qui incarne la Renaissance, notre Renaissance nationale, période essentielle de rupture artistique.
Sur un mode plus intime, François Ier est aussi perçu comme un homme à femmes, assez désabusé pour graver, sur la vitre d'une fenêtre du château de Chambord, deux vers mélancoliques : « Souvent femme varie, / Bien fol est qui s'y fie… »
Sans doute y a-t-il dans ces représentations bien des inexactitudes, qui pour certaines sont autant de créations parfois tardives. Léonard de Vinci n'est pas mort dans les bras d'un roi qui le chérissait : le tableau d'Ingres n'a pas valeur de mémoire historique ; il signale uniquement les ambitions que le peintre peut avoir en mettant en scène une relation presque affective du pouvoir et des arts. Les vers royaux prétendument gravés à Chambord sont en fait de Victor Hugo. Même si le mémorialiste Brantôme relate avoir lu, dans la dernière partie du XVIe siècle, les mots « Toute femme varie » écrits de la main du roi à côté de la fenêtre de la chambre royale, si, un siècle plus tard, le médecin Jean Bernier affirme qu'on peut lire sur un « carreau de vitre » d'un cabinet joignant la chapelle du château « Souvent femme varie / Mal habil qui s'y fie », la formulation que nous avons aujourd'hui à l'esprit semble bien être une forgerie hugolienne. L'apocryphe devient ainsi distique historique qui nous donnerait accès à l'âme du roi !
Nombre des images qui surgissent à la simple mention de François Ier s'ancrent cependant dans une réalité historique qu'elles transforment en éclairant seulement certains aspects de manière spécifique. Si ces images ne sont pas fausses – une image n'est jamais fausse –, elles demeurent avant tout témoignages des époques et des contextes dans lesquels elles ont été créées. Dans cette optique, les ombres autant que les éclairages ont leur importance, et les silences sur certains aspects du règne de François Ier dans les représentations tardives renseignent également sur la perception que l'on a pu avoir de ce prince à des époques variées.
On peut en dire autant des images constituées du vivant de François Ier. À les considérer, on ne découvre pas un roi plus vrai ; on découvre uniquement les représentations que son propre temps a forgées. Si elles sont pour certaines bien différentes de celles que les périodes postérieures ont suscitées, il convient, plutôt que d'y chercher l'authentique François Ier, d'y percevoir une vision autre et originelle.
Le XVIe siècle, à partir de sa conception propre du pouvoir, en fonction d'évolutions politiques et culturelles majeures, a en effet multiplié, selon des stratégies diverses et complémentaires, les images de François Ier. Voulues par le prince, souhaitées par son entourage ou imposées par les circonstances, elles ne sont pas toujours celles que nous connaissons, ni forcément celles que nous attendons.

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Certes, tel portrait peint par Clouet ou Titien est une œuvre d'art qui a traversé les siècles et atteint un niveau de persistance rétinienne que les reprises ont contribué à renforcer : les portraits de François Ier que le XIXe siècle invente ont ainsi peu ou prou toujours le profil du Titien ou le costume du Clouet. Mais à côté de ces représentations célèbres, la plupart des images royales conçues au fil du règne de François Ier sont oubliées ou méconnues. Les regarder permet de découvrir un système de représentations éloigné du nôtre, qui ne nous interroge pas moins sur le concept même de « vérité » d'un personnage historique.
 
 
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