François Ier
BnF

Le roi et les arts

d'après Lucille Trunel

L’humanisme caractérise la Renaissance dans le domaine des idées : tandis qu'en Allemagne et en Angleterre il conduit à la Réforme, l'humanisme français, très érudit, reste essentiellement littéraire.

La Renaissance en France et le développement de l'humanisme


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Le règne de François Ier (1515-1547) est considéré comme un moment de rupture artistique et culturelle en France. Alors que le monde s’agrandit au fur et à mesure des découvertes maritimes, tandis que la politique européenne s’organise à une plus vaste échelle, des conceptions nouvelles apparaissent dans le domaine intellectuel, comme dans le domaine artistique. La pensée humaniste de la Renaissance, née en Italie depuis les années 1350, se répand progressivement au-delà des Alpes à l'occasion notamment des invasions de l’Italie par les rois de France (Charles VIII, Louis XII puis François Ier). L'effervescence intellectuelle et artistique italienne attire de nombreuses personnalités et, à partir de la fin du XVe siècle, influence profondément l’Europe occidentale. Tous les princes désirent s’assurer les services de grands artistes italiens, tandis que nombre d’artistes européens se rendent en Italie pour y étudier les œuvres qu'ils ont découvertes dès les années 1470 par la circulation des gravures : ainsi Albrecht Dürer est-il influencé par Mantegna avant même de se rendre en Italie, où le Tintoret lui apprendra à dessiner, et le Titien à utiliser la couleur… Jacques Androuet du Cerceau, Philibert de l’Orme vont s’y former, et le voyage en Italie demeurera de mise aux siècles suivants pour la majorité des artistes français, allemands, flamands, anglais ou espagnols.

Le rayonnement des artistes italiens

De tous les rois de France, c’est François Ier qui tombe le plus profondément amoureux de l’Italie et de son art. Déjà, Charles VIII et Louis XII avaient ramenés des artistes d’Italie, et introduit l’art nouveau dans l'ornementation des châteaux d'Amboise et de Blois. Le château des archevêques de Rouen édifié de 1502 à 1510 par Georges d’Amboise et dans lequel François Ier résida en septembre 1517, est le premier grand édifice influencé par les règles de l’architecture italienne avec ses jardins en terrasses, son portique monumental et son portail à l’italienne.
François Ier sera le premier souverain à constituer une collection de statues et de tableaux dus aux maîtres italiens. S'il ne put parvenir à persuader Michel-Ange de venir en France, il lui acheta une statue d’Hercule. Il eut plus de succès avec Léonard de Vinci et Benvenuto Cellini : Léonard de Vinci vint en France avec l'assurance d'un don de sept mille pièces d’or et la mise à disposition d’un « palais de son choix dans la plus belle région de France » ; l’artiste vécut ses dernières années à Amboise, tout près des châteaux que François Ier possédait à Blois et à Chambord, et le roi lui acheta le célèbre portrait de la Joconde. Cellini reçut le même salaire que Léonard de Vinci.
 
Le roi soutient de nombreux artistes : le miniaturiste Jean Bourdichon, élève de Jean Fouquet, Jean Clouet, originaire de Bruxelles, qui devient peintre du roi en 1528. Outre Léonard de Vinci, Andrea del Sarto et Girolamo della Robbia, qu’il fait venir en France et dont il acquiert de nombreuses œuvres, le roi fait également venir d’autres artistes italiens, tels les Giusti, à qui il confie la réalisation du tombeau de Louis XII et d’Anne de Bretagne pour la basilique Saint-Denis, ou Dominique de Cortone, qui donne en 1533 les plans du nouvel hôtel de ville de Paris. François Iercollectionne toutes sortes d’œuvres d’art : manuscrits anciens, miniatures, tableaux, sculptures, objets d’art, médailles, tapisseries, pierres précieuses, « curiosités ».
Dans la seconde partie du règne, Paris devient la véritable capitale intellectuelle et artistique car le roi y fixe davantage la cour.

Le développement de l'humanisme


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L’humanisme caractérise la Renaissance dans le domaine des idées : mouvement intellectuel d’érudition et de curiosité passionnée pour l’Antiquité classique – grecque et romaine –, il se manifeste par la recherche et l’établissement des textes anciens, puis leur reproduction et leur étude. Très vite, au-delà de la beauté littéraire des œuvres, on y cherche des principes, des règles de vie valables pour tous les hommes. L’imprimerie donnera au mouvement humaniste toute son ampleur.
L’humanisme naît en Italie, pays où de nombreux princes mécènes soutiennent des écrivains et érudits comme Pétrarque, Boccace, Machiavel, l’Arioste ou l’Aretin. C’est aussi la patrie des imprimeurs (Alde Manuce) et des érudits (Marcile Ficin, Ange Politien, Pic de la Mirandole) qui accueillent les savants grecs réfugiés après la chute de Byzance, tombée en 1453 aux mains des Turcs. L’humanisme se propage aux Pays-Bas (Erasme publie en 1511 l’Eloge de la folie et en 1516 une édition du Nouveau Testament), en Allemagne (patrie de l’humaniste Melanchton, où naît la Réforme protestante, à l’instigation de Martin Luther, qui utilise le livre – la Bible traduite en allemand – pour lutter contre l’église catholique), et en France, où le mouvement prend principalement une forme littéraire.
 
En effet, tandis qu’en Allemagne et en Angleterre l’humanisme conduit à la Réforme, en matière de religion, l’humanisme français, très érudit, reste essentiellement littéraire. La royauté favorise le mouvement et fait progressivement sentir son influence sur la production littéraire. Certains érudits comme Lefèvre d’Etaples essaient de concilier les idées chrétiennes avec la science grecque ; d’autres, tels que Guillaume Budé, se consacrent surtout à l’étude de la langue et des textes anciens. Budé fut considéré comme le premier hélléniste d’Europe. D’autres enfin, tel Geoffroy Tory ou Etienne Dolet, s'attachent en tant qu'imprimeurs à dégager la pureté de la langue française, tant du côté de la lisibilité des caractères typographiques (le Champfleury de Tory) que de l’orthographe de la langue française dont l'usage devient la norme pour certains types de textes face au latin. Par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, François Ier décrète l’usage obligatoire du français pour certains textes à caractère juridique.
François Ier, par curiosité d’esprit, encourage ce mouvement, influencé en cela par sa sœur Marguerite de Navarre, protectrice de Rabelais et des humanistes, et elle-même auteur de contes et de poèmes. Il prendra toutefois des distances après l’affaire des Placards en 1534 lorsque des affichettes seront apposées à Paris et à Amboise, jusque sur la porte de la chambre royale, par le parti protestant.
 
La bibliothèque de  Fontainebleau est très riche mais François Ier souhaite partager le savoir : il fait nommer un imprimeur royal, Robert Estienne, à qui succèdera son fils Henri. Il crée surtout en 1530 le Collège de France, sur la suggestion du savant humaniste Guillaume Budé. Il s’agit de constituer, à côté de la Sorbonne, – principalement orientée vers les études religieuses – un collège royal où des lecteurs appointés à 200 écus par an poursuivraient librement leurs recherches. Les premiers lecteurs royaux se consacrent au grec, à l’hébreu, aux mathématiques. Un peu plus tard vint le latin, et même l’arabe. Malgré les attaques de la Sorbonne et d’incessantes difficultés d’argent, François Ier maintient sa fondation et songe même à l’étendre à la fin de sa vie. Elle suscite l’enthousiasme de Rabelais : « maintenant, toutes disciplines restituées, les langues instaurées… Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies très amples.
La renaissance de la pensée classique n’apparaît que peu à peu, elle influencera la Pléiade, dirigée par Pierre de Ronsard, mouvement dont le manifeste paraît en 1549, rédigé par Du Bellay, sous le titre Défense et illustration de la Langue Française. Il s’agissait d’enrichir le français par des emprunts à l’Antiquité. Mais, sous François Ier, c’est surtout chez Rabelais que l’influence de l’humanisme est évidente : médecin à Lyon, puis curé de Meudon, il admire fort Budé et Erasme, et, de 1532 à sa mort, il publie en de nombreux ouvrages, le récit des aventures du géant Gargantua et de son fils Pantagruel. Suite de divertissantes fantaisies écrites en une langue drue et riche, il y fait paraître une vive critique des abus de son temps, des procédés d’éducation, du clergé monastique, de la justice. Mais pas plus qu’Erasme, Rabelais ne se laisse séduire par la Réforme. Il est adepte d’une liberté absolue, religieuse et intellectuelle, ce que résume son héros : « et leur règle n’était que cette clause : Fais ce que voudras ».
En savoir plus :
Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royal, réformateur de l'orthographe et de la typographie sous François Ier, 2e édition, entièrement refondue, par Auguste Bernard, 1865.
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