Matrice du sceau de la croisade
France, 1516-1517.
Alliage cuivreux à patine translucide. Longueur : 57 mm ; largeur : 36 mm ; hauteur : 18 mm
BnF, département des Monnaies, Médailles et Antiques, inv. M 12
© Bibliothèque nationale de France
Du point de vue de la production sigillaire, le règne de François Ier se situe dans la continuité d’une tendance du siècle précédent caractérisée par la multiplication des types. Le roi use de manière directe ou déléguée d’un grand sceau, d’un sceau en l’absence du grand, d’un sceau delphinal, d’un sceau pour le Milanais, et de ceux qui ont été gravés pour les parlements des provinces. Il existe aussi des sceaux gravés pour des événements ponctuels, comme la fameuse bulle d’or appendue à la confirmation française de la paix d’Amiens, mais aussi un type connu par de nombreuses matrices, considérées depuis le milieu du XVIIIIe siècle comme des surmoulés d’une autre bulle d’or, qui aurait été appendue au concordat de Bologne de 1516 3.
Grâce à la découverte récente par Solène de La Forest d’Armaillé d’un document conservé aux Archives nationales, ces matrices, dont nous avons repéré douze exemplaires – l’un étant présenté ici –, viennent de retrouver leur destination originelle. Elles servirent à valider les billets d’indulgence scellés dans les diocèses de France lors d’une levée de fonds pour la croisade que Léon X souhaitait mener contre les Turcs. Lancée au début de l’année 1517, l’organisation de la prédication, qui fut confiée à Louis de Canossa et à Antoine Bohier, nous est connue par différents comptes. Elle prévoyait l’affichage des textes officiels, des processions conduites sous des bannières historiées, des troncs placés dans les églises principales de chaque diocèse et des billets de confession, remis au donateur après qu’il se fut acquitté, en plus d’un don équivalent à deux jours de dépenses familiales, d’un droit du sceau.
La définition de l’image suit un programme inédit dans la mesure où, pour la première fois en France, deux autorités distinctes figurent sur un outil de validation commun, mais aussi parce que la présence des armes royales manifeste l’entrée de l’autorité laïque dans un champ qui lui était jusque-là étranger. La disposition suit le principe de la partition des armes d’alliance, le système graphique permettant de représenter l’union de deux lignées et / ou de deux territoires. La croix matérialise la partition, et la place d’honneur est dévolue aux armes pontificales, ce qui permet de marquer à la fois une égalité et une hiérarchie établies sur une problématique de préséance. Le choix de la forme en navette, qui renvoie directement à l’univers sigillaire clérical, le confirme. Avec ses armes, François Ier prend symboliquement la place de l’empereur, tandis que la croix, accompagnée de la formule entendue par Constantin devant le pont Milvius (« In hoc signo vinces » ; « Tu vaincras par ce signe »), légitime la prétention du souverain Valois à coiffer la couronne impériale. Assimiler, par le biais de la croisade, François Ier et le premier empereur chrétien, c’est admettre que le jeune roi est susceptible d’occuper le trône de son lointain prédécesseur, et c’est marquer aussi que le pape, à cet égard, a pris son parti. La propagande qui présentait le roi de France en nouveau Constantin, magistralement relayée à Rome – où Raphaël le peint en Charlemagne, couronné par un Léon III empruntant les traits du pape Médicis –, trouva en France des laudateurs éloquents. Alors que seul le grand sceau royal porte l’effigie en majesté du monarque, les matrices de la croisade montrent la représentation symbolique du souverain. Suivi sur les en-têtes des billets de confession, ce principe n’était pas adopté sur les bannières. Passant du signum à l’imago, ces dernières devaient porter « […] le pape painct en son grand pontificat, accompagné de plusieurs cardinaulx et autres prélats, myttrez de myttres blanches a dextre et le roi à sénestre, armé tout en blanc, excepté le harnoys de teste que porteroit son grand escuyer accompagné de plusieurs princes et aultres seigneurs tous armés ; et de l’aultre costé de ladite bannière, des fustes et aultres navires plaines de Turcs et aultres infidelles […] ». Les matrices de la croisade témoignent de manière précoce de l’ambition d’un jeune roi au faîte de sa gloire ; elles doivent s’appréhender dans le large cadre des relations internationales des années 1515-1520, mais aussi dans celui d’un prêche dont elles n’étaient qu’un élément. Dispersées puis rattachées de manière erronée au concordat, événement marquant de l’année 1516 dont, finalement, elles procèdent, elles ont été réévaluées grâce à la découverte d’un document original qui a permis de résoudre une énigme sigillaire vieille de deux siècles et demi.
 
 

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