Portrait de François Ier âgé
Charlemagne
Le roi seul en majesté
Jean Du Tillet, Recueil des rois de France, Paris, vers 1545-1547 [?], au plus tard 1566.
Livre manuscrit enluminé sur parchemin, 294 f., 355 × 280 mm, reliure de maroquin rouge et brun à décor doré par Claude Picques
BnF, département des Manuscrits, Français 2848, fol. 150
© Bibliothèque nationale de France
Offert à Charles IX en 1566 par Jean Du Tillet, le luxueux et imposant Recueil des rois de France, tel qu’il se présente aujourd’hui, est le fruit d’une élaboration complexe dont tous les mystères n’ont pas encore été percés. Jean Du Tillet, protonotaire et secrétaire de François Ier, greffier civil au parlement de Paris, fut chargé par la Couronne, vers 1540, de réaliser des inventaires et des copies des archives royales. Proche des Guise, il continua son œuvre sous Henri II, offrant à celui-ci divers manuscrits issus de ses travaux. Il mourut en 1570. Le Recueil des rois de France, souvent appelé Recueil Du Tillet, contient des textes de longueur variable présentant les souverains de Clovis à Charles IX, suivis de développements sur des thèmes divers, tels que les coutumes matrimoniales, les sacres, les régences ou l’origine des Français. Les notices sur les rois sont introduites pour la plupart par des portraits en pleine page, trente en tout, de Clovis à François Ier, richement encadrés. Une des particularités de ces enluminures est d’avoir été contrecollées sur les feuillets de parchemin portant le texte.
Le décor a été attribué par Myra Orth à l’atelier dit « des Heures 1520 » et, plus précisément, à l’anonyme Maître des Heures d’Henri II. Actif à Paris au milieu du XVIe siècle, il prit très vraisemblablement la suite de l’atelier du Maître des Épîtres Getty, que Guy-Michel Leproux a proposé d’identifier à Noël Bellemare, disparu en 1546. Depuis l’étude fondamentale menée par Elizabeth Brown et Myra Orth en 1997, on considère généralement que le Recueil des rois de France aurait été commencé au début des années 1550 par Du Tillet pour être offert à Henri II, mais que la mort de celui-ci, en 1559, aurait interrompu l’entreprise.
Une autre hypothèse peut toutefois être avancée. L’ensemble du texte est incontestablement tardif, peut-être commencé sous Henri II, mais achevé sous Charles IX. Cependant, en dehors de quelques modifications et ajouts (le frontispice aux armes, les portraits de Clotaire III et Charlemagne, les bandeaux et tapis floraux), le style des enluminures les désigne comme antérieures. La présence de deux effigies de François Ier, représenté jeune puis âgé (f. 150 r°-v°), pose aussi question : il s’agit du seul roi bénéficiant de ce traitement, et ses successeurs ne figurent pas dans le volume. En outre, les marques verticales très nettement visibles sur le bord extérieur des portraits actuellement placés en position de rectos – correspondant aux pliures des anciens fonds de cahiers – indiquent que toutes ces images, y compris celles de François Ier, aujourd’hui collées l’une contre l’autre, étaient à l’origine conçues pour être mises en position de versos, comme frontispices à des textes. Pour ne pas abîmer les enluminures, il était pourtant d’usage de commencer par l’écriture en réservant la place nécessaire au décor, réalisé dans un second temps. Or, les versos des feuillets enluminés ne portent aucune inscription, empêchant de comprendre le contexte initial de création du volume et montrant, une fois de plus, le caractère tout particulier de cette entreprise où l’image semble avoir tenu d’emblée une place centrale.
Il serait possible d’envisager un projet ambitieux qui aurait commencé à la fin du règne de François Ier et qui lui aurait été destiné, mais qui se serait trouvé stoppé par son décès. Certains portraits, comme celui de Louis XII, n’auraient ainsi jamais été réalisés. Le style des miniatures et leur attribution au Maître des Heures d’Henri II ne s’opposent pas à cette thèse. On comprendrait dès lors mieux la présence du double portrait de François Ier, s’inscrivant dans la longue lignée des rois de France depuis Clovis, et destiné à le glorifier. Alors que les sources iconographiques pour les autres rois sont principalement à trouver dans les monuments funéraires ou les sceaux, des liens ont pu être établis entre les portraits de François Ier et des groupes de peintures et de dessins se rapportant à des prototypes des Clouet père et fils, le premier vers 1520, le second vers 1540. On peut même se demander si les représentations de François Ier dans le Recueil Du Tillet ne reflètent pas des peintures perdues de Jean et François Clouet, à moins que ce dernier n’ait conçu des modèles pour le Maître des Heures d’Henri II. Quoi qu’il en soit, ces deux portraits du souverain sont d’un type nouveau, le représentant en majesté, seul, sur son trône, en grand manteau fleurdelysé, muni des insignes de la royauté (sceptre et main de justice) et portant collier de l’ordre de Saint-Michel et couronne fermée. Cette image tranche avec les effigies traditionnelles du roi entouré de ses conseillers, comme figuré dans les manuscrits des Statuts de l’ordre.
 
 

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