Reliure au médaillon à l’effigie de François Ier
« Des faictz et gestes du roy Francoys premier de ce nom »
Johann Carion, Livre des chronicques, Paris, Charles Langelier, 1546.
BnF, Réserve des livres rares, RÉS-P‑G‑24, page de titre de la deuxième partie
© Bibliothèque nationale de France
Ce médaillon, petit mais d’une facture soignée, offre un portrait vu de face très réaliste et finement tracé du roi François Ier, figuré en souverain plus âgé, que l’on identifie sans peine à son nez long et fort, à sa barbe, à son chapeau et à son costume, rendant presque inutile la légende « francoys par / la. grace. de. / diev. roy. / de france » dorée sur son pourtour. Ce médaillon est à ce jour recensé sur quatre reliures en veau roux, à dos orné dans les entre-nerfs d’un bouton floral doré, le décor des plats étant ou non complété d’un encadrement intérieur de filets à froid (le cas échéant redoublé), marqué aux angles d’un fleuron plein or.
La parenté de ces deux reliures est d’autant plus remarquable qu’elles ont été réalisées à plusieurs années d’intervalle, sur des exemplaires appartenant à des éditions parues de 1544 à 1557 : les Annalium… libri de Tacite (Bâle, Froben, 1544, in-fol.) ; les Phrases de Bartholomaeus Westheimer (Paris, J. Ruelle, 1544) ; Le Fort inexpugnable de l’honneur du sexe féminin de François de Billon (Paris, J. Dallier, 1555, in-4°) ; et Les Annales et Croniques de France de Nicole Gilles revues par Denis Sauvage (Paris, C. Langelier, 1557, in-fol. ; édition partagée aux nombreuses variantes iconographiques).
L’exemplaire des Annales fut relié l’année de sa parution, comme l’atteste une mention d’achat à Paris le 6 septembre 1557 signée de son propriétaire, un certain Friedrich von Reyffenberg. L’utilisation d’un médaillon déjà usé à l’effigie du défunt roi est à mettre ici en relation avec le motif retenu dans l’exemplaire pour ouvrir le chapitre consacré à François Ier, qui présente, au centre d’un portail architectural, un médaillon royal gravé sur bois de même taille et au dessin presque identique à celui qui apparaît, doré, sur la reliure, n’étaient un pourtour agrémenté de grotesques en tête et queue (au lieu de motifs floraux plus simples sur le fer de reliure) et une légende différemment agencée. Cette analogie le désigne de toute évidence comme la source du fer de reliure. Or, il s’agit là aussi d’un usage tardif de cette gravure, dont le plus ancien emploi attesté à ce jour est la page de titre, ornée d’un encadrement Renaissance, des Commentaria… in leges regias… de litibus brevi decidendis (commentaires sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts d’août 1539) de Jean Constantin, publiés par Arnoul et Charles Langelier en 1545. La gravure est reprise dans les rééditions de 1546 et 1547 et figure aussi dans le Livre des chronicques de Johann Carion publié en 1546 chez Charles Langelier, à la page de titre de la seconde partie intitulée « Des faictz et gestes du roy Francoys premier de ce nom ». En 1548 et 1549, elle apparaît encore à la fin de certains exemplaires des Ordonnances royaulx, toujours chez Charles Langelier.
Cette récurrence du nom des Langelier conforte l’hypothèse selon laquelle ces derniers pourraient avoir été assez tôt les commanditaires aussi bien de ce bois gravé, venant illustrer à propos leurs éditions, que du fer de reliure, utilisé à des fins purement commerciales, selon un concept qu’ils mirent aussi en œuvre pour des reliures dorées à leur marque de libraire.
Par sa conception graphique et son dessin, ce fer s’inspire des médailles du roi gravées dans les années 1537 et 1538, et il emprunte à des estampes popularisant son image des détails vestimentaires tels que le chapeau à plume combiné à une couronne à pointes ou encore le pourpoint et la position des mains. La création de ce médaillon s’inscrit aussi dans un phénomène de mode qui touche la reliure parisienne courante des années 1540 : l’apparition de nombreux médaillons à figure humaine empruntant leur sujet à l’Antiquité, conçus à l’unité (Platon) ou par paires (Tarquin et Lucrèce, Didon et Énée, Mars et Vénus, Judith et Holopherne). Ainsi continuait de s’écrire la filiation du vainqueur de Marignan avec les empereurs romains.
 
 

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