Mariage de Tristan et Iseut aux Blanches Mains
Dans le Tristan édité par Antoine Vérard, Paris, 1496.
BnF, Réserve des livres rares, Vélins 623, fol. 69 v°- 70
© Bibliothèque nationale de France
Antoine Vérard est le type même, aussi précoce que fameux, du grand libraire. Venu du monde du manuscrit (il dirigeait un atelier de copistes et d'enlumineurs), il se convertit à la production de livres imprimés en 1485, en conservant une ligne éditoriale originale : sans posséder de presses en propre, il garde la main sur le matériel de décoration et d'illustration et multiplie les éditions plutôt luxueuses en français, imprimées en bâtarde. Il contribue ainsi à donner une seconde vie aux romans de chevalerie. Dès le début des années 1490, il réserve quelques exemplaires de luxe, imprimés sur parchemin, soigneusement enluminés et souvent munis de dédicaces spéciales, à une clientèle princière. Les plus beaux sont généralement destinés au roi de France, Charles VIII, puis, selon une subtile hiérarchie descendante, à Anne de Bretagne, Charles d'Angoulême, Henri VII roi d'Angleterre, plus tard à Louis XII ou à Louise de Savoie.
De manière caractéristique, afin sans doute de tester le public, cette édition du Tristan en prose est la deuxième et la plus belle. Elle vient après celle de Rouen, non illustrée, qui avait été faite par Jean Le Bourgeois pour Antoine Vérard, et est datée du 30 septembre 1489. Une troisième édition, également faite pour Antoine Vérard, peut être datée de 1506 approximativement.
Cet exemplaire, l'un des trois connus sur vélin, est le plus finement enluminé, entièrement de la main du Maître de Jacques de Besançon, un collaborateur régulier de Vérard : deux grandes images ont été substituées aux gravures des exemplaires ordinaires, qui n'ont pas été tirées, et 83 petites, nouvelles, occupent la place des sommaires imprimés qui ont été reportés à la main dans la marge. Tel est le cas de ces deux images représentant le mariage de Tristan et Iseut aux Blanches Mains, et Guenièvre recevant une lettre ou Iseut la Blonde se lamente sur ses amours. L'intervention du Maître de Jacques de Besançon fait de cet exemplaire un témoin précieux, à la riche iconographie. La présence de l'ouvrage dans l'inventaire du château du comte d'Angoulême à Cognac, le 20 novembre 1496, près d'un an après sa mort, permet de dater l'édition.
 
 

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