Marie Stuart, jeune
Portraits dessinés de la Cour de France
François Clouet (vers 1520-1572), vers 1560.
Pierre noire et sanguine, 298 x 214 mm
BnF, département des Estampes et de la photographie, RÉSERVE NA-22 (17)-BOITE
© Bibliothèque nationale de France
Fille de Marie de Guise ou de Lorraine et de Jacques V d'Écosse, elle fut reine d'Écosse à la mort de son père en 1542, sept jours après sa naissance, et reine de France en 1559 à l'âge de dix-sept ans. Sous la régence de Catherine de Médicis, elle fut fiancée au dauphin François, et élevée en France. Catherine de Médicis l'appréciait et lui avait offert ses propres joyaux, "les plus belles et les plus grosses perles qu'on ait vues jamais". Après la mort de son époux, elle regagna l'Écosse. Son catholicisme et son autoritarisme, les révoltes des protestants et des nobles, ses mariages mouvementés provoquèrent son abdication en faveur de son fils Jacques VI en 1567. Elle se réfugia en Angleterre et y passa dix-huit ans en prison. Elle eut l'imprudence d'encourager plusieurs complots dans le but de monter sur le trône d'Angleterre. Élisabeth Ire finit par la faire exécuter. Elle laisse une image tragique et romanesque, qui inspira des écrivains et de nombreux artistes surtout au XIXe siècle. Sa beauté et sa grande culture y contribuèrent.
Une cinquantaine de portraits contemporains existent, alors que plus de deux cent cinquante portraits de la reine élisabeth sont connus (enluminures, peintures, dessins, gravures, médailles, etc.). Neuf portraits, sans compter les gravures et médailles, ont été réalisés lors de son séjour en France. Parmi ceux-ci, un portrait de Marie Stuart jeune, le plus remarquable, attribué soit à Clouet, soit à Jacques Decourt dont il serait le chef-d'œuvre, représenterait la reine l'année de son mariage avec le dauphin en 1558, à l'âge de seize ans, ou peut-être même selon certains historiens un peu plus tôt.
Brantôme précise : "Venant vers le 15 ans sa beauté commença à paraître, comme la lumière en plein midi et en effaça le soleil, lorsqu'il luisait le plus fort, tant la beauté de son corps était belle. Et pour celle de l'âme, elle était toute pareille." Le même historien commentera plus tard l'aspect de Marie Stuart en deuil. Il écrit : "Son grand deuil blanc, avec lequel il la faisoit très beau voir, car la blancheur de son visage contendoit avec la blancheur de son voile à qui l'emporteroit, mais enfin l'artifice de son voile la perdoit, et la neige de son visage effaçoit l'autre : aussi se fit-il à la court une chanson d'elle portant le deuil [...]."
Marie avait perdu, en l'espace de dix-huit mois, trois proches : son beau-père, Henri II, au cours d'un tournoi en 1559, sa mère Marie de Guise en juin 1560 et son époux François II, en décembre de la même année. Ce dessin d'une grande qualité, qui a pu être exécuté entre juillet 1559 et août 1561, est à l'origine de différentes œuvres conservées.
Marie Stuart fut en deuil blanc dès la mort de son beau-père Henri II en 1559. Six mois avant la mort de son mari, elle écrit à Élisabeth Ire, la reine d'Angleterre : "Je m'aperçois que vous m'aimez mieux lorsque je parais triste que quand je parais gaie car j'ai appris que vous désirez avoir mon portrait quand je porte le deuil" (Strong, I, p. 219). C'est ainsi que Clouet l'a portraiturée, et cette vision surréaliste de la reine est certes fascinante. Les voiles qui recouvrent entièrement la tête et le buste, donnent une impression de retrait, d'enfermement du personnage, et intensifient l'expression du visage, seul dessiné avec précision. Marie porte le bonnet de veuve recouvert par un long voile tombant dans le dos, rendu célèbre par Catherine de Médicis qui l'adopta à la mort d'Henri II. Une vêtement de gaze, très ajusté autour du cou s'évase en dissimulant toute les formes. Seul un faisceau de plis serrés qui part du menton souligne le buste. Le poète Ronsard possédait une copie de ce dessin dans son "étude".
 
 

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