Le futur Henri III
Portraits dessinés de la Cour de France
François Clouet (vers 1520-1572), vers 1571.
Pierre noire et sanguine, 333 x 228 mm. Identifié à tort avec François de Valois, duc d'Alençon
BnF, département des Estampes et de la photographie, RÉSERVE NA-22 BOITE
© Bibliothèque nationale de France
Élu roi de Pologne, Henri III dut revenir en France pour succéder à son frère Charles IX. Il épousa Louise de Lorraine en 1575. Il se heurta aux protestants et aux catholiques qui avaient formé la Sainte Ligue. Il ne put réaliser l'unité comme il le souhaitait et éviter la "guerre des Trois Henri" : Henri III à la tête des royalistes, Henri de Navarre (le futur Henri IV) à la tête des protestants et Henri de Guise à la tête des catholiques. Le roi dut s'enfuir de Paris laissant la place à Henri de Guise soutenu par la population lors de la "journée des barricades". Il convoqua les états généraux à Blois en 1588, et fit assassiner le duc de Guise. Puis il s'allia à Henri de Navarre, et c'est alors qu'ils s'apprêtaient tous deux à reprendre Paris, qu'Henri III fut assassiné par le moine ligueur Jacques Clément.
Fils préféré de Catherine de Médicis, personnalité complexe, courageux, intelligent, très cultivé, Henri III s'appuyait sur ses mignons, notamment l'amiral Anne de Joyeuse et le duc d'épernon, qu'il combla d'honneurs, et auxquels il accordait un crédit excessif.
Sur le portrait exécuté par Clouet, le futur roi apparaît luxueusement vêtu d'habits brodés et coiffé d'une toque gansée de bijoux, paré d'un collier de diamants taillés en pointe et de perles, une perle à l'oreille, reflétant la mode masculine, très féminisée, de l'époque. Son visage reflète une expression lointaine, rêveuse, mélancolique.
Lorsque Catherine de Médicis songea à lui faire épouser la reine élisabeth d'Angleterre, elle envoya, le 3 juillet 1571, un portrait dessiné d'après celui-ci, en y joignant une lettre destinée à La Mothe Fénelon, ambassadeur de France à Londres : "[Me Janet] n'eust le loisir que de Faire, comme vous verrez, le visage qui est fort bien, et parfaitement faict après le vray naturel" (Catherine de Médicis, IV, p. 52).
Un portrait en pied, dessiné par Clouet qui ne s'est pas "amusé à faire si parfaitement le visage", fut aussi expédié. La Mothe-Fénelon, l'ambassadeur, craignait que la reine ne soit déçue par le crayon, il rapporte, le 20 juillet 1573, les propos d'élisabeth d'Angleterre : "encore que ne soit que le créon et que son teint n'y soit que quasi chafouré de charbon, si ne layssoit ce visage de monstrer beaucoup de beaulté, et beaucoup de marques de dignité et de prudence, et qu'elle avoit esté bien ayse de le voyr ainsi meur comme d'un homme parfaict, car me vouloit dire tout librement que mal volontiers, estant de l'aage qu'elle sest, eust elle voulu estre conduite à l'église pour estre mariée avec ung qui se fust monstré aussi jeune comme le comte d'Oxford" (La Mothe-Fénelon, t. IV, p. 186). La reine d'Angleterre avait été prévenue par le duc de Nevers qu'Henri III avait "le malheur que toutes les peintures lui font tort, et que Janet lui-même ne lui a pas donné cet admirable je ne sais quoi qu'il a reçu de la nature". Le mariage ne se fera pas, le roi ayant "tant de reverence à la religion". Un autre projet de mariage avec le frère d'Henri III, François, duc d'Alençon, n'aboutit pas non plus. Élisabeth d'Angleterre eut plusieurs favoris, mais ne se maria pas, et n'eut pas d'enfant, d'où son surnom de "reine vierge".
 
 

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