Vase en forme de nef, aux armes de Lord Clinton, grand amiral d'Angleterre
Étienne Delaune (Orléans, 1518-Strasbourg, 1583).
Vers 1551
Plume, encre brune et brun-noir, lavis brun, traces d'esquisses à la pierre noire, et parties de l'écu rehaussées de bleu et de rouge à l'aquarelle, sur papier découpé suivant le contour. 385 x 530 mm
BnF, département des Estampes et de la photographie, RÉSERVE B 11 A boîte format 4
© Bibliothèque nationale de France
Dessinateur et buriniste, Étienne Delaune (1518-1583) commença sa carrière sous Henri II comme orfèvre et graveur de médailles à la Monnaie de Paris. Illustrateur de livres, graveur d'allégories, d'ornements et de modèles d'orfèvrerie, il réalisa également beaucoup d'estampes d'après les œuvres des artistes de l'école de Fontainebleau, jouant ainsi un rôle important dans la diffusion de l'art bellifontain. Ses gravures et ses dessins, remarquables par leur finesse et leur précision, sont empreints de maniérisme.
Un certain nombre de dessins et de gravures d'Étienne Delaune servirent de modèles à des objets d'orfèvrerie ou d'armurerie. Ce dessin du département des Estampes, attribué à Delaune par M. George A. Wanklyn qui compare le vocabulaire décoratif de cette pièce à celui, similaire, employé par l'artiste pour d'autres œuvres graphiques, fut très certainement le modèle qu'utilisa un orfèvre pour confectionner une nef de métal précieux que le roi de France offrit à Lord Clinton (1512-1585), nommé grand amiral d'Angleterre en 1550 et chevalier de la Jarretière en 1551. La devise de cet ordre de chevalerie, "Honni soit qui mal y pense", et les armes d'Edward Fiennes, baron de Clinton et Saye, comte de Lincoln, figurent au centre de la nef. Lord Clinton, qui joua un rôle important dans les relations diplomatiques franco-anglaises, reçut à deux reprises, en 1551 et en 1572, de somptueux cadeaux du roi de France lors de ses ambassades. La commande de la nef dut avoir lieu à l'occasion de l'ambassade de 1551 au cours de laquelle Lord Clinton représenta le roi Édouard VI au baptême du prince qui allait régner sous le nom d'Henri III. En 1572, il assista au mariage du jeune roi Henri de Navarre, futur Henri IV, avec la princesse Marguerite, sœur d'Henri III, et reçut une nouvelle pièce d'orfèvrerie en présent.
Les nefs de table avaient une fonction d'apparat et contenaient souvent le couvert personnel et la serviette de leur propriétaire, ainsi que diverses épices conservées dans de petites alvéoles. Cette nef, représentée sur sa longueur, reposant sur un socle, munie d'un couvercle, présente d'ailleurs aux extrémités de petits réceptacles pour le sel et le poivre. Des scènes de navigation, Jésus dormant pendant la tempête et Saint Pierre marchant sur les flots, illustrent les médaillons ovales qui ornent la panse de la coupe, sans doute pour faire allusion aux fonctions de grand amiral du destinataire. La décoration foisonnante qui envahit le vase est caractéristique du maniérisme : les putti, les masques et têtes d'enfants, les mascarons de satyres grimaçants aux extrémités, les volutes et feuilles d'acanthe, les rangs d'oves, les guirlandes et les agencements de fruits appartiennent au répertoire ornemental antique.
 
 

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