L’Hercule gaulois
Norme typographique et proportions du corps humain
Norme typographique et mise en page
Le Champ fleury. Au quel est contenu lart et science de la deue et vraye proportion des lettres attiques, quon dit autrement lettres antiques et vulgairement lettres romaines, proportionnees selon le corps et visage humain
Geoffroy Tory et Gilles de Gourmont, Paris, 1529.
Livre imprimé sur papier. Reliure en veau marbré, XVIIIe siècle
BnF, Réserve des livres rares, RÉS-V-516, fol. 32v-33
© Bibliothèque nationale de France
Le Champ fleury (1529) de Geoffroy Tory est d’abord un traité de typographie exposant les règles permettant de tracer au compas des caractères romains rigoureusement proportionnés. Il entend en cela initier un mouvement de codification du français. Mais cette norme typographique sert aussi de support à des développements scientifiques et des rêveries analogiques qui associent la forme des lettres aux aspects les plus divers de la culture humaniste. Le tracé des caractères romains se développe alors en explorations graphiques surprenantes : mises en pages inventives, motifs iconographiques nouveaux, usages symboliques inédits, etc. Entre norme typographique et invention visuelle, le Champ fleury est un laboratoire intellectuel et graphique particulièrement fascinant.
Malgré la célèbre marque « au Pot cassé », dont le sens est expliqué au f° 43 v°, la sobriété de l’encadrement italianisant de la page de titre contraste avec l’inventivité des recherches graphiques développées dans l’ouvrage. Mais le titre énonce clairement l’ambition du livre. Après les mots très imagés de « Champ fleury », qui transforment une dénomination médiévale du Paradis terrestre en désignation métaphorique de la page imprimée, la suite du titre met en évidence les enjeux philosophiques du projet typographique. En employant le terme « attiques », qui renvoie à une région de la Grèce, Tory s’inscrit même dans le mouvement de valorisation du grec qui caractérise le début du XVIe siècle : il entend à la fois légitimer le tracé de ses lettres par une appellation prestigieuse et donner au français une graphie conforme à l’origine grecque que certains humanistes lui prêtent alors pour encourager son illustration culturelle.
 
 

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